9 : plus le choix, PMA nous voilà

Inutile de préciser que les quelques mois de "pause" en prévision de la PMA n'ont absolument rien donné. Mon utérus s’évertue à demeurer vide.

Le temps passe tellement vite... Malgré tous ces mois d'essais depuis juillet 2015, qui, sur le coup, m'ont semblé longs,  je ne peux que constater que le temps défile, sous mes yeux, sans que je ne puisse le ralentir.

Nous sommes tout début de l'année 2018. Je vais avoir 30 ans dans 5 mois... Je ne suis toujours pas maman. Ce n'est pas qu'à 30 ans il faut être maman, non loin de là. C'est plus un sentiment de bilan négatif sur notre projet de devenir parents. Bientôt 3 ans qui nous y travaillons. Et déjà un an s'est écoulé depuis ma fausse couche. J'ai l'impression de faire du sur place.

La peur d'un parcours en PMA ne m'a pas quitté. Mais je n'ai plus le choix, nous sommes au pieds du mûr.

Je me décide à contacter la clinique spécialisée. Nous avons un rendez-vous rapidement avec la docteure recommandée par ma gynécologue. Nous devons nous y rendre tous les deux, mon mari et moi. La secrétaire au téléphone me demande de venir avec nos derniers examens médicaux passés (prise de sang, bilan hormonal, IRM pelvienne, compte rendu d’hystérosalpingographie etc). Le rendez-vous est fixé courant février (si ma mémoire ne me fait pas défaut). Un milliard de questions nous passent par la tête, la PMA nous fait peur à tous les deux décidément.

Le jour du rendez-vous arrive. Nous y allons fébriles, ne sachant pas à quelle sauce nous serons mangé. Car oui, de réputation, la docteure est excellente dans son domaine mais elle n'est pas réputée charmante (elle est même réputée froide comme la glace). Bon... Nous nous présentons à l'accueil pour l'enregistrement de notre dossier administratif, puis nous allons patienter dans la salle d'attente. Je suis étonnée de constater qu'elle est pleine (il va falloir prendre son mal en patience avant d'être reçu) mais surtout je me dis que merde, il y a beaucoup de couples dans la même situation que nous malheureusement. Mes jambes tremblent, bien que je sois assise. On discute avec mon mari, de tout, sauf du rendez-vous en approche. Nous ne sommes ni plein d'espoir ni désespérés, simplement dans l'attente.

La docteure vient chercher les couples au fur et à mesure. Effectivement, elle n'a pas l'air aimable... Mes jambes n'arrêtent pas de trembler. Nous attendons plus d'une heure, quand vient notre tour : "C'est à qui le tour ?" Euh bah je crois que c'est à nous. Nous entrons dans son cabinet. "Qu'est-ce qui vous amène ?" (rien on a vu de la lumière et on est entré !). Je lui explique que sur conseil de ma gynéco nous venons dans l'espoir d'avoir un bébé. Quand elle apprend que cela fait presque 3 ans que nous essayons, elle nous sort "il fallait venir plus tôt!" (ok d'accord la messe est dite). Nous passons en revu mes examens et je lui explique l'épisode de la fausse couche. "oh mais ce n'est rien ça, c'était qu'une grossesse biochimique ça ne compte pas" (j'ai soudain une forte envie de lui botter le cul). Aucune compassion, aucun mot gentil ou d'encouragement ne sortira de sa bouche. Elle nous prescrit des examens à passer : spermogramme pour mon mari, bilan hormonal et hystéroscopie pour moi. "Vous revenez me voir quand tout ça sera fait, bon soir". Et elle va ouvrir la porte pour chercher un autre couple. Nous remettons nos vestes fissa et nous sortons rapidement de la clinique. Impossible de débriefer avec mon mari dans l'immédiat, la rendez-vous était après nos travail respectifs, et nous étions venus à deux voitures. Nous repartons chacun de notre côté, rendez-vous à la maison. Je monte dans ma voiture et fond en larmes...

Mes larmes n'ont pas arrêté de couler jusqu'à mon retour à la maison. Mon mari me grille direct. Il est choqué comme moi devant le comportement de la docteure. Il me dit : "j'étais à deux doigts de lui rentrer dedans à cette c****!" Je suis tellement décue de cet entretien, j'espérais de la compassion et de la gentillesse, et je récolte de l'indifférence et un mari furax. Mon mari ajoute : "On va prendre sur nous parce qu'on a besoin d'elle, mais putain j'espère que ça marchera rapidement pour pas voir sa gueule trop souvent". Honnêtement je me dis la même chose.

Comme un éternel recommencement, je prends rendez-vous pour passer mes examens. Heureusement, je peux tout faire directement à la clinique. Pour la prise de sang pas de problèmes, j'ai l'habitude d'en faire. Je constate néanmoins que le personnel du laboratoire est très gentil et bienveillant. Ils ont l'habitude de piquer des femmes en parcours de PMA et ils se montrent encourageant pour moi. Cela me fait chaud au cœur. Pour mon hystéroscopie (caméra qui passe par le col de l'utérus pour vérifier s'il n'y a pas des kystes aux ovaires et voir l'état général de l'utérus), c'est une autre paire de manches. Le rendez-vous est fixé rapidement. Je suis plus que sereine. L'hystéroscopie est réputée complétement indolore par rapport à une hystérosalpingographie. Je n'avais absolument rien senti pour cette dernière, donc j'y vais à la cool (si j'avais su...). L'examen se passe avec une gynécologue et deux infirmiers (rien que ça ?). Je m'installe sur une table, pieds dans les étriers et moumoune à nue bien en évidence (à ce stade de mon parcours, je n'en suis même plus à être gênée, ma dignité s'en est allée bien loin en vacances depuis belle lurette). L'examen commence... Le passage de la caméra dans le vagin, no problémo, mais vient le moment de franchir le col de l'utérus et là c'est le drame. Je me mets à hurler en me cabrant de douleur. "Madame ne bougez pas s'il vous plait!". Je lui réponds que j'ai mal, que j'ai vraiment très mal. Je comprends soudain la présence des deux infirmiers : un à gauche et un à droite. Ils me maintiennent par les bras et les jambes pour ne pas que je bouge. "Courage Madame, c'est bientôt passé". Les secondes passent lentement, j'ai mal. Une douleur vive, horrible, irradie de mon intimité jusqu'à mon anus. Je ne connais pas cette douleur mais elle est vraiment intense. Je fonds en larmes sur la table, je supplie que l'examen se termine. Pitié que ça s'arrête. La gynéco termine l'examen. Mais la douleur est encore présente, j'ai mal à l'intérieur. "Madame, ne vous inquiétez vous allez perdre du sang, le col de l'utérus est irrité du coup" (ah bon ? j'avais rien senti !!!). La gynéco m'explique, qu'au niveau de mon col, il y a comme une petite butée (une marche) et qu'il a fallu qu'elle force pour passer le col avec la caméra. Elle s'excuse d'avoir dû me faire mal.

Au final, et heureusement d'ailleurs, l'examen est ok, il n'y a rien d'anormal. Je n'arrive même plus à parler, mes sanglots ne se calment pas. J'ai un peu honte aussi, d'avoir pleuré comme une nouille devant ces personnes. Je crois que je suis restée un bon quart d'heure à sangloter sur la table avant d'aller me rhabiller. Je pleurais encore quand je suis sortie et j'ai croisé des jeunes femmes dans la salle d'attente qui venaient pour le même examen que moi. J'ai tellement dû leur faire peur quand elles ont vu passer ma tête... Désolée Mesdames.

Je suis sur le parking de la clinique et me dirige vers ma voiture. J'appelle mon mari ; il m'avait demandé de le tenir au courant. Je ne commence même pas par lui dire que tout est normal, mais m'empresse de lui expliquer comment j'ai passé un mauvais quart d'heure. Je pleure encore au téléphone. Il me rassure, me dit de me calmer : "tout va bien, c'est terminé, calmes-toi". Je lui réponds que si la PMA commence comme ça, je ne vais pas tenir le coup. C'est trop douloureux, tant sur le plan physique que mental. Je rentre à la maison. Ce soir là, un bon bain pour me détendre et un câlin dans les bras de mon mari seront ma meilleure thérapie.

En y repensant, j'ai été soulagée que l'examen n'est rien montré d'anormal, mais au fond de moi je reste perplexe. Encore une fois, tout semble montrer que tout va bien dans mon corps. Ce n'est pas que j'aurai préféré avoir quelque chose, mais avoir quelque chose aurait expliqué mes difficultés à concevoir. Et là... bah tout va bien. Mais ça ne fonctionne pas pour autant. Affaire à suivre.



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