Une fausse couche...
Tout le monde c'est ce que c'est. Mais peu savent réellement...
J'étais en plein dedans. Mes espoirs, ma joie, tout, absolument tout s'est envolé en un claquement de doigts.
Je suis rentrée à la maison ce soir là. J'ai tout expliqué à mon mari. Il est triste, nous le sommes tous les deux. Il me réconforte, me prend dans ses bras. Il me dit que ça va aller, qu'il faut qu'on soit fort. Forte ? Je ne le suis plus à ce moment précis. Je n'ai qu'une envie ; me recroqueviller dans mon lit et ne plus jamais en sortir.
J'appelle ma maman. Les sanglots sont trop puissants, je n'arrive même pas à lui dire ce qu'il se passe. "Je ne comprends pas ce que tu dis chouchou, calmes toi et expliques-moi". J'arrive juste à prononcer ces deux mots entre deux sanglots "...fausse...couche". Elle saute dans sa voiture pour me rejoindre à la maison. Dans ces moments là, rien ne vaut la présence de sa maman, même à presque 30 ans.
Je lui explique l'histoire : les tests de grossesse, la prise de sang. Elle me console. Elle se montre forte pour moi et me dit d'être forte aussi. Que c'est difficile, mais que malheureusement cela arrive à beaucoup de femme. Qu'il faut se concentrer sur le positif : "tu es tombée enceinte une fois, ça reprendra obligatoirement rapidement", "la nature est bien faite, si tu l'as perdu c'est qu'il n'était pas viable".
Tout ça est vrai, j'entends tout à fait ce qu'elle me dit. Elle a raison. Mon mari pense la même chose. On touche au but. La machine a été mise en route une fois, elle fonctionnera mieux la prochaine fois.
Alors pourquoi je n'arrive pas à relativiser ?
Ah oui ça y est je sais pourquoi... c'est parce que c'est mon corps qui est entrain de le vivre et non celui des autres. C'est mon corps qui me fait défaut depuis ma puberté et qui continu à me jouer des tours. Je le déteste de me faire ça, je n'en peux plus. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Pourquoi moi ? Putain de merde pourquoi moi ? Qu'est ce que j'ai fait pour déguster autant ?
Je passe la soirée lovée dans les bras de mon mari. Sa présence me rassure tellement. La nuit se passe et je dors d'un sommeil agité où je me réveille en ne sachant plus si je suis toujours enceinte ou pas et où la réalité me revient en pleine face (douce nuit Alexandra lol)
Le week-end qui suit me fait du bien. Nous étions invités chez nos meilleurs amis pour fêter un de leur anniversaire. Nous devions dormir la bas le samedi soir. Je préviens mes amies de la situation ; qu'elles ne soient pas étonnées de voir ma tête en vrac. Elles me câlinent et me changent les idées. Je passe une bonne soirée et un bon week-end.
Physiquement ? ça va. J'ai mal au ventre mais comme-ci j'avais mes règles. Et je perds du sang également comme des règles. Je me revois me dire, "bon ce n'est pas impressionnant à vivre physiquement". Je suis soulagée...
Le week-end se termine et nous rentrons, mon mari et moi, à la maison en fin de journée le dimanche. Je décide d'aller prendre une bonne douche. Dans ma salle de bain à l'étage, je commence à faire couler l'eau sur ma tête. Elle est chaude, c'est réconfortant. Je ne vois pas tout de suite ce qu'il se passe. J'ai les yeux fermés sous le jet d'eau. Je les ouvre et regarde mes pieds... La baignoire baigne dans une eau rouge, rouge de sang, mon sang. Il y a des éclaboussures sur les rebords (les films d'horreur n'ont qu'à bien se tenir). Je crie, je hurle. Mon mari arrive en courant dans la salle de bain et voit la scène... Je tremble, je crie. Je suis sous le choc. J'ai mal au ventre, beaucoup plus que pendant le week-end. Je sens des "morceaux" sortir de moi... Mon dieu ! je suis entrain d'évacuer naturellement mon bébé. Je revois ce "morceau", bien plus gros que les autres, et je comprends ce qu'il y a dedans. Je me jette dessus en pleurant, je ne veux pas qu'il parte, je veux le remettre de là d'où il vient. Comme-ci de rien n'était. Mon esprit divague complétement à ce moment là, je perds pieds. Je m'effondre dans la baignoire, en pleurant. Mon mari me passe le jet d'eau chaude sur tout le corps pour me calmer. Nous restons ainsi un long moment, le temps que je reprenne mes esprits.
Je finis par terminer ma douche et redescend au rez-de-chaussée, en proie à une léthargie. Je suis réellement sous le choc de ce qu'il vient de se passer. J'ai fait une putain de fausse couche. Il vient de partir dans l'évacuation de la baignoire. Plus jamais je ne prendrai un douche sans repenser à ce moment...
Illustration by Dju Lala

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