8 : milieu de l'année 2017, le mot qui fâche

Ma semaine d'arrêt de travail touche à sa fin. Heureusement, car au final, être restée à la maison, seule avec mes démons, ne m'aura pas fait plus de bien que ça (lol). J'ai tout de même le mérite de m'être reposée.

Mon corps va mieux ; les saignements se sont presque arrêtés. Mais ma tête et surtout mon cœur, eux, ne sont pas au mieux de leur forme. Je pleure tous les jours.. Je pense sans cesse à ce que j'ai perdu. Je m’apitoie sur mon sort, je me plains de la situation merdique dans laquelle nous sommes. Mon mari me botte les fesses pour que je remonte la pente. Je ne l'entends même plus. Je reste enfermée dans ma tristesse et quelque part, au fond de moi, je ne veux pas en sortir. En sortir ça serait oublier ma grossesse et mon bébé. Je m'y refuse. Hors de question que je passe à autre chose. Je suis d'une humeur de chien. C'est une période de ma vie où je n'ai pas le souvenir d'avoir eu le sourire. Pas le sourire de circonstance pour faire bonne figure (celui là je le maitrise à la perfection), non je parle du vrai sourire, celui qui reflète le bonheur... (il était bien loin le bonheur à ce moment là, surement parti en vacances pour une durée indéterminée). J'ai malgré tout, conscience que, pour mon mari, cela n'a pas dû être une période facile non plus. Vivre avec une femme qui peut exploser à la moindre réflexions ou contrariétés... Qui n'a plus envie de sourire... Il ne devait même plus savoir comment s'y prendre avec moi. Le pauvre. J'étais tellement enfermée sur moi-même, que j'en ai oublié que lui aussi, il a perdu son bébé. Je m'efforce alors à faire des efforts, pour lui. Afin qu'il ne subisse pas mon mal être constant. 

Je reprends le travail et ma vie. Avoir une activité professionnelle me fait du bien. Je n'ai pas le plus épanouissant métier du monde, mais il a le mérite de me changer les idées et mes collègues y contribuent aussi. Tout doucement, avec mon mari, nous reprenons nos essais bébé. Ma phase de deuil touche à sa fin, je sens que j'ai avancé sur le sujet. Ma joie de vivre et mon sourire sont revenus de leurs congés sans soldes. Cette fois, une vague de confiance renait en moi. Moralement, je me sens beaucoup mieux. Le temps a fait son œuvre. Je redeviens la Alexandra déterminée que je pense avoir toujours été. Je vais retomber enceinte rapidement, j'y crois. Les hormones de grossesse ont déjà été présentes dans mon corps. La machine est lancée et elle va l'être à nouveau. Oui j'y crois. (ma pauvre Alexandra, tu crois vraiment au père Noël).

Tiens en parlant de père Noël ; tellement persuadée de ma future grossesse imminente ; je dis un jour à mon mari : "je prends le pari avec toi, pour le prochain Noël, je serai enceinte avec un peu de chance". Je ne savais pas à ce moment là que la chance était elle aussi, partie en vacances (rejoindre Joie de vivre et Bonheur à tous les coups). Elle ne donnera des nouvelles que de longs très longs mois plus tard.

Les semaines passent, les mois passent. Nous sommes arrivés au début de l'été 2017. Et toujours pas de nouvelle grossesse à l'horizon. 2 ans depuis l’arrêt de ma pilule. Putain de merde. Je n'ai plus le choix. Je sais ce qu'il nous pend au nez avec ces 2 ans d'essais sans succès ; j'ai la trouille. Je me décide à prendre rendez-vous chez ma gynécologue, courant juillet 2017. Je lui explique les derniers mois d'essais et ma fausse couche... "Oh vous étiez à peine enceinte, cela arrive à beaucoup de femmes". Tout ce que j'avais envie d'entendre ! Elle me fait les examens annuels classiques. Le rendez-vous se termine et elle m'annonce qu'elle ne peut plus rien faire pour moi. Qu'il faut que mon mari et moi nous nous orientions vers des professionnels de la fécondité (aie aie aie le mot qui fait peur va être prononcé, non non je ne veux pas). Elle rédige un courrier à l'attention d'une docteure spécialiste du domaine dans une clinique de ma Région. Le couperet tombe. Avec ce courrier, nous entrons officiellement dans la catégorie des couples avec des difficultés à concevoir... Le mot PMA est prononcé (merde merde et re merde). 

La PMA ou Procréation Médicalement Assistée (ou Assistance Médicale à la Procréation dans certains endroits) consiste à mettre en place des protocoles médicaux pour aider le couple à avoir un bébé. Je connais ce système (FIV, insémination artificielle etc). J'ai une amie qui a eu recours à la FIV à plusieurs reprises avant d'avoir son bébé. Je suis dégoutée. Je savais très bien que ça me pendait au nez un jour ou l'autre mais j'avais tellement espoir de l'éviter que je me prends un coup de masse. On en finira jamais de cette galère. Quand est-ce que ça va s'arrêter ? Mais qu'est ce qu'on a fait pour mériter ça ?

Je rentre à la maison et explique à mon mari ce qui nous attend. Il est dégouté, vraiment. Cela lui fait peur. Mais loin d'être enchanté par la situation, il reste très motivé, comme toujours, à faire ce qu'il faut pour réussir à avoir notre bébé. De mon côté, je n'en suis pas là. Ma mauvaise humeur de femme dégoutée revient en force. J'ai peur. La PMA, pour une femme, implique énormément d'examens médicaux, de contraintes liées aux injections de stimulants ovariens, de gestion du temps pour les nombreux rendez-vous. C'est un sacret bordel qui m'attend. Je n'en veux pas. Je dis à mon mari que je ne suis pas prête à subir tout ça. Moralement je suis encore trop fragile pour encaisser de tels protocoles médicaux. Mon mari me rappelle gentiment que ce n'est pas forcément moi qui ai un problème à concevoir mais peut être lui, voire même nous deux en même temps. Mais ça ne change rien. Je suis assez renseignée pour savoir que si l'infertilité vient de l'homme, c'est la femme qui subit les protocoles (bah oui c'est elle qui porte). Nous discutons longuement au sujet de la PMA. Nous nous fâchons même un peu car je fais marche arrière et lui veut aller de l'avant. Nous décidons de couper la poire en deux : nous ne refusons pas la PMA mais nous me laissons le temps d'appréhender la chose. Si je ne tombe pas enceinte d'ici là, nous prendrons notre premier rendez-vous en PMA pour le début de l'année 2018. Pas avant. Je me laisse l'été et quelques mois derrière pour y penser et peut être qu'au final, la PMA n'aura été dans notre vie qu'un mot prononcé au détour d'un rendez-vous gynécologique.


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