Je passe une nuit horrible. L'épisode de la baignoire me hante. Je me réveille toutes les heures, et je sanglote dans mon lit. Discrètement, pour ne pas réveiller mon mari.
6h25, mon réveil sonne. Il faut aller travailler. Mais je ne peux pas, je n'y arrive pas. Mon corps est meurtri, j'ai encore mal. Je saigne beaucoup et cela m’épuise. Moralement et physiquement. Je ne vais pas travailler, impossible. Je contacte le bureau et leur explique que je suis souffrante, sans entrer dans les détails. Dans la foulée, j'appelle mon médecin traitant. J'ai rendez-vous dans l'après-midi. Expliquer ce qu'il vient de se passer à un professionnel de santé me parait important, et surtout une question me reste en tête : « ai-je bien tout évacué ? » Il ne faudrait pas en prime qu'il reste des « morceaux » ; je sais que ça peut être dangereux.
Je reste, en pyjama, dans mon canapé toute la matinée. Zéro motivation pour quoique ce soit. Je regarde la télé sans la regarder vraiment. Je me remémore la veille. Et je prends conscience de ce qu'il m'est arrivé.
J'ai porté la vie... Certes, pour un moment très court. Mais j'ai porté la vie dans mon ventre. Et j'ai porté la mort également... Ironie du sort quand tu nous tiens. Le sentiment de désespoir est violent. Pourquoi mon corps à rejeter mon bébé ? D'aucuns me diront (et m'ont dit d'ailleurs) "ça va tu étais à peine enceinte, t'as pas eu le temps de t'accrocher !"
Pardon ? Bien sûr que je me suis accrochée à ce petit embryon, même s'il n'avait que quelques jours. Bien sûr que je me suis projetée à l'issue des 9 mois de grossesse avec mon bébé dans les bras. Bien sûr que mon instinct de protection était déjà en place, c'est automatique. Merde !
Je me voyais déjà maman, et me voilà retournée à la case départ (sans toucher les 20 000 francs hein).
Encore aujourd'hui, je pense souvent à cette première grossesse, à toi. Je ne peux m'empêcher de me dire : "si j'avais pu te garder en moi, tu aurais aujourd'hui, 6 mois, 1 an, etc".
Je te demande pardon petit haricot. Pardon de ne pas avoir su prendre soin de toi ni d'avoir pu te protéger. Mais je ne t’oublie pas, jamais je ne le pourrais.
Me voilà à attendre dans la salle d'attente du médecin. Douchée et habillée (quand même). Il me reçoit et je lui explique l'histoire. Naturellement, il est désolé pour moi. "Vous n'avez vraiment pas de chance" (sans blague !). Il me prescrit une échographie à faire, afin de bien vérifier que mon avortement spontanée (c'est comme ça qu'on dit) est bien allé au bout, et que mon utérus est vide. Le doc me prescrit un arrêt de travail d'une semaine, pour me reposer et reprendre des forces. Je perds beaucoup de sang et je suis fatiguée de tout ça. J'accepte l'arrêt de travail sans broncher.
J'appelle un laboratoire d'imagerie médicale aussitôt ressortie. Pas de rendez-vous avant plusieurs jours... J'insiste au téléphone, c'est urgent. J'explique mon cas, encore... La dame se montre compréhensive au vu de la situation : rendez-vous le lendemain pour mon échographie. Je retourne vite à mon canapé, cocoone polaire pour m'envelopper et bouillotte sur le ventre (toute ma vie depuis plusieurs mois quoi).
Mardi : jour de l’échographie. Je ne fais pas la maligne. J’ai les boules. J’arrive au point d’accueil des patients pour l’enregistrement de mon dossier, et j'explique ma situation (encore et encore). « Date de vos dernières règles madame ? » Sérieux ? On s’en fou non ? je l’ai perdu, qu’est-ce que ça change à l’histoire ?
Je donne la date de mes dernières règles et vais m’assoir dans la salle d’attente.
Vient s’assoir à côté de moi, une jeune femme… enceinte jusqu’aux dents. Elle vient faire une échographie de contrôle à tous les coups. Elle est magnifique avec son ventre bien rebondi. Les yeux me piquent tout d’un coup. Je la regarde avec envie. Elle caresse son ventre. C’est beau. Je touche mon ventre. C’est vide.
Une femme en blouse blanche m’appelle : c’est mon tour (ouf je n’aurai pas eu à attendre longtemps avec superbe maman à mes côtés). La docteure a une bonne tête, et surtout c’est une femme. Je ne sais pas pourquoi mais ça me rassure. J’explique mon histoire : le début de grossesse, la fausse couche. Je lui dis que sur avis de mon médecin traitant, je viens vérifier si mon utérus est bien vide. "On va regarder ça" qu'elle me dit (pas de "désolée madame" ? "courage ça va aller " et bah nan !) Je m’installe sur la table. Je relève mon pull… « Ah non madame, on va faire une échographie pelvienne, je verrai mieux » Je me déshabille donc (vulnérable à souhait). L'examen commence. La sonde, à l'intérieur de moi, est froide avec la tonne de lubrifiant dessus. L'examen est complétement indolore (ouf). Elle oriente la sonde de différentes manières. Et je vois, ce que je pense être mon utérus, sur l'écran de l'échographe. La doc m'explique que mon endomètre est épais (ok d'accord super, j'ai rien compris). Et tout d'un coup, je ne sais qu'elle mouche l'a piquée, elle me sort, sur un ton plus que tranchant : "bah il est vide votre utérus, je ne vois rien, il n'y a pas de grossesse!"...
Coup de boule en pleine face pour Alexandra. Je reste interloquée sur le coup. Les larmes montent et je lui réponds : "bah bien sûr qu'il n'y a pas de grossesse, je l'ai perdu ! Vous vous rappelez ?". Les larmes coulent. Elle retire sa sonde rapidement (heureusement, sinon je pense que je lui plantais dans la gorge, sans lubrifiant !). Elle s'excuse pour son manque de tact. Trop tard, le mal est fait. Je me rhabille fissa et commence à partir de la salle d'examen. Elle me rattrape : "attendez dans la salle d'attente, que je vous ramène le compte rendu d'examen"
Je ne réponds même pas et sort rapidement. Ouf, jolie maman est partie. Je sors un mouchoir de ma poche et essuie mes larmes. J'en ai ras le bol de pleurer. Une petite mamie, assise plus loin, me regarde du coin de l’œil. Je l'ignore.
Les résultats sont prêts. J'arrache la feuille cartonnée des mains du monstre inhumain. Ton "au revoir", et "bonne journée" tu peux te le mettre là ou je pense !
Une fois dehors, j'appelle mon mari. Mais il est au travail et ne répond pas. J'appelle ma maman. Elle décroche ; entendre sa voix me fait du bien. Je lui raconte mes péripéties et je fonds en larmes une fois de plus. "Je suis tombée sur une putain de connasse maman !" Elle est dépitée pour moi, elle ne pensait pas qu'une femme pouvait se montrer aussi froide.
C'était la première fois que je tombais sur une personne aussi peu compatissante... malheureusement pour moi, ça ne sera pas la dernière...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire