12 : Deuxième insémination artifcielle

Le dimanche matin, j'annonce à mon mari que je ne suis pas enceinte. Il n'est pas étonné et garde espoir pour la suite. Pour ma part, je suis écœurée. Rien qu'à l'idée de devoir recommencer une nouvelle fois les stimulations, j'en pleure d'avance. Je n'ai aucun espoir quand à la suite des évènements. J'arrive à me persuader que je fais tout ça pour rien, et que je ne serai jamais maman. J'en viens même à faire le deuil de ma maternité, et devant mon mari je fais la forte. Mais je n'y crois plus du tout. Je me dis que je vais faire les inséminations prévues, mais que dès que le mot FIV fera son entrée, j'arrêterai tout. Je n'aurai pas la force d'aller plus loin. Je le sais, je me connais. J'essaie tout de même d'en discuter avec mon mari, en lui expliquant, que peut être je ne serai jamais enceinte, que peut être il ne sera jamais papa. Pour lui c'est impensable, ça va fonctionner, il en est sûr. 

Ma plus grosse crainte, c'est qu'un jour il prenne conscience que je ne peux pas avoir d'enfant... Est-ce qu'il me quittera ? Ou acceptera-t-il de rester avec une femme incapable de lui offrir un enfant ? Je lui pose la question un jour, je ne sais plus bien quand. Sa réponse est instantanée :  "Jamais je ne me séparerai de toi, même si nous n'arrivons pas à avoir d'enfant. Nous resterons deux et puis c'est tout". Cela me rassure, mais me peine encore plus. J'ai tellement envie de lui donner ce bonheur. Il faut qu'on y arrive, il faut que je m'accroche. Pour lui surtout. Je lui dois bien ça.

Le lundi matin, je passe au laboratoire de la clinique avant d'aller travailler. Je dois faire ma prise de sang. La piqueuse veut se montrer encourageante : "Aller courage, en fin de matinée vous aurez vos résultats, peut être que ça sera une belle surprise". Je lui réponds que j'ai fait un test de grossesse la veille, et qu'il était négatif. Elle enchaine : "Ce sera pour la prochaine alors" (mais bien sûr, et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d'alu !)

En fin de matinée, je me connecte, avec mes identifiants, sur le serveur du laboratoire. Sans surprise, la prise de sang est négative. J'appelle dans la foulée la PMA. L'assistante au téléphone a déjà eu mes résultats : "Madame vous n'êtes pas enceinte, malheureusement" (ah oui ? je ne savais pas, merci !). Elle me dit alors de laisser au moins un cycle complet au repos, pour que mes ovaires ne soient pas stimulés en continue. Elle me donne alors un rendez-vous avec la Docteure mi-septembre, afin de lancer un nouveau protocole d'insémination. Il y aura donc deux cycles de repos entre les deux. Vacances d'été obligent, la Docteure n'est pas présente en août.

Les congés d'été se passent de mon côté, tranquillement. Nous ne partons pas en vacances. Mon mari et moi n'avons que deux semaines en commun, et des petits travaux à la maison sont prévus. Mais je profite du beau temps pour me prélasser au soleil. La vitamine D directement en intra-veineuse, mon kiffe. Durant cette période, j'apprends qu'un couple, dans ma famille, va devenir parent début 2019. Cette annonce est celle de trop. Je m'effondre en l'apprenant. Je suis jalouse, envieuse et en colère. Mais putain, j'en ai ras le bol de toute cette merde. J'en peux plus d'être comme ça. C'est pas moi. Apprendre une grossesse et pleurer pendant des heures. Ne plus réussir à me réjouir pour mon entourage. Mais qu'est ce que je suis devenue ? Je ne me reconnais plus.

Le mois d'août touche à sa fin. Et mon rendez-vous à la PMA est arrivé. C'était le 19 septembre 2018 (merci agenda Iphone). Avec la Docteure, nous faisons un bref retour sur la première insémination. Vraiment très bref. Il n'y a effectivement pas grand chose à dire... Je ne suis pas enceinte. Point barre. Elle me donne mon nouveau protocole papier et les ordonnances de stimulants et d'injection pour l'ovulation. "Comme la dernière fois Madame, dès le premier jour de vos règles, vous appelez le secrétariat pour le rendez-vous comptage folliculaire". J'acquiesce sans broncher. Mon cœur n'y est pas. Je suis un robot à qui on dicte ce qu'il doit faire et je m'exécute sans sourciller. Je repars avec mon dossier sous le bras. Plus défaitiste que jamais. 

Mes règles arriveront quelques jours après. Et c'est reparti pour un tour. "Allô la clinique, j'ai mes rèèèègles !!!" Bon je ne le dis pas comme ça, soyons honnête. L'assistante me donne le rendez-vous pour le contrôle : le 05 octobre (merci encore Iphone). Elle me demande de commencer à me piquer à partir de J3. "Non mais je suis au courant c'est ma deuxième insémination, tu as cru j'allais prendre des libertés ou quoi ?" Bon ok, je ne lui ai pas répondu ça non plus (lol). Je l'ai remercié et j'ai raccroché. Let's go, deuxième insémination me voilà !

Comme pour la première fois, mon mari s'adonne à me piquer tous les soirs pendant une dizaine de jour. Ça se passe très bien. J'ai des petits bleus qui apparaissent sur mon ventre, là où les aiguillent ont été plantées. C'est le seul désagrément. Je ne sais pas pourquoi mais mon mari est persuadé que ça va marcher cette fois-ci. Je le revois me dire : "T'inquiètes, je le sens, c'est la bonne, et en plus tu vas tomber enceinte de jumeaux". A ce moment là, je suis persuadée qu'il s'est mis à la drogue, il pète littéralement un boulon (lol). Son enthousiasme à le mérite de me faire rire, mais j'ai peur que la déception ne lui fasse trop mal. Je le prépare comme je peux : "T'emballes pas, tu sais bien que les pourcentages de chances sont encore faibles, tu vas être trop déçu si c'est négatif". Mais il persiste, il le sent. Intuition masculine ? Mouai, j'y crois pas du tout.

Le 05 octobre, je retourne à la clinique faire mon échographie de contrôle folliculaire. J'ai l'impression de passer ma vie là bas, et je me dis que je ne suis pas au bout de mes peines... La Docteure m'examine : "Un superbe follicule mature Madame". Pffff la fois dernière j'en avais deux et ça n'a pas fonctionné, alors là avec un... Le processus est identique cette fois encore : je fais une dernière injection de stimulant le soir même, et le lendemain (samedi) je fais celle de l'ovulation. Insémination prévue lundi matin : 08h00 pour mon mari et 10h00 pour moi. "A lundi Madame". Et je retourne au travail.

Le week-end commence. Nous étions invités chez des amis le samedi soir. Mes deux meilleures amies et leur conjoint étaient également de la partie. Pas le choix pour moi, je prends ma glacière avec l'injection d'ovulation dedans. Chez nos amis, l'apéro se prépare tranquillement. Avant de commencer, mon mari et moi, leur demandons si nous pouvons emprunter leur salle de bain. Ils ne nous posent aucune question, ils se doutent de ce qu'on va y faire. Ça aurait été tellement plus fun d'imaginer monopoliser leur salle de bain pour satisfaire une envie de sexe folle et subite, mais non... c'était pour me piquer le ventre ! (glamour bonjour). L'injection me fait mal. Je la déteste par dessus tout celle là. Nous redescendons au rez-de-chaussée pour trinquer. Je remarque que mon amie, chez qui nous sommes, ne boit pas d'alcool ; un simple jus d'orange. Bizarre... Je comprends très rapidement pourquoi. Comme de fait, on trinque tous ensemble, et le verdict ne tarde pas à tomber : "Bon on a une grande nouvelle à vous annoncer..." Je vous le donne en mille. J'encaisse l'annonce. Ils sont en face de moi, je ne peux pas leur péter leur bonheur. Je me réjouis pour eux malgré tout, ce sont des personnes géniales, ils feront des parents extraordinaires. Mes meilleures amies sont assises sur le canapé à mes côtés, une de chaque côté. Et je sens soudain leurs mains me caresser le  dos, comme pour me dire : "Courage Alex, courage". Je les aime tellement. Je lance un coup d’œil à mon mari assit en face de moi sur un pouf. Il est serein, je le vois et il me demande à demi-mot si ça va. Je lui réponds que oui. Je sens bien que nos amis sont mesurés dans l'expression de leur joie. Je sais que c'est à cause de nous. C'est notre quotidien depuis plusieurs mois, les personnes sont heureuses pour elles mais gênées pour nous... Ils veulent se montrer délicat, je les remercie du fond du cœur pour ça.

Le lundi matin est arrivé. Nous sommes le 08 octobre 2018. Il est temps d'aller à la clinique. Mon mari part avant moi. Il a rendez-vous à 08h00. Je pars un peu plus tard. Une fois arrivée, même procédé que la fois dernière : enregistrement du dossier, attente devant la pièce (chaise, fenêtre, assise, débout). Je ne tiens pas en place. L'infirmière arrive à ma rencontre et m'installe enfin. Je vérifie le nom sur la pipette de recueil. Pas de problème, c'est bien nos zozos là-dedans. Je me déshabille et m'installe sur le lit avec mon ami le drap sur mes jambes. La Docteure arrive. Elle prépare la pipette et c'est parti. "Le recueil de Monsieur est excellent" (ouai il l'était la fois dernière aussi !). Note à moi-même, cette fois-ci, j'ai anticipé, et j'ai mon téléphone portable prêt de moi. La Docteure m'informe la manipulation est terminée, et qu'il faut que je reste allongée un moment (téléphone portable pour compter les minutes merciiii). Contre toute attente, elle ajoute avant de partir : "J'espère de tout cœur pour vous que ça fonctionnera". Je reste bouche bée. J'arrive à la remercier tout de même. Et elle sort de la pièce. J'envoie dans la foulée un sms à mon mari : "En direct de l'insémination, les zozos sont dans la place, mdr" et "Et la Docteure est de tout cœur avec nous lol". Les 15 minutes sont terminées. Je me rhabille doucement ; je garde mon périnée le plus contracté possible, pour n'en perdre aucune miette. 

Nous reprenons notre vie, encore une fois. Je dois faire ma prise de sang de contrôle d'hormones de grossesse deux semaines après l'insémination, soit le lundi 22 octobre. Je n'ai naturellement aucun symptôme de grossesse, rien à l'horizon. Cette attente des deux semaines est insoutenable. Attendre est une torture. Peu importe le résultat, je veux juste savoir et passer à autre chose. Depuis le début de mes essais bébé, tous les mois, c'est une horreur d'attendre mes règles. Ce moment entre l'ovulation et l'arrivée des règles. Ce moment où même si tu n'as aucun espoir, et bah tu en as un quand même, un tout petit petit mais un quand même. Je ne supporte plus cette attente. Je ne pense qu'à ça, jour et nuit. C'est une obsession et ça me fatigue au plus haut point. Je suis à l'affût du moindre signe annonciateur de l'arrivée de mes règles. Je me prépare, une nouvelle fois, à la déception. Elle et moi sommes devenues de grandes amies. Je me blinde un maximum. Mais mon mari ne m'aide pas. Il est persuadé que ça a fonctionné. Mais quelle mouche l'a piqué pour penser ça ?

Une fois n'est plus coutume, je n'attends pas ma prise de sang du lundi pour connaitre le résultat. J'achète une boite de 2 tests de grossesse. Et dès le vendredi matin, avec mes premières urines, je fais le premier test de la boite. Je suis seule à la maison, mon mari est déjà parti travaillé. Je me lève et direction la salle de bain. Je connais le mode d'emploi par cœur, pas besoin de relire la notice. Je fais mon pipi sur la bandelette, remet le capuchon dessus et j'attends les 5 minutes réglementaires... Je prépare mes vêtements en attendant, avant d'aller sous la douche. Mais avant je vérifie le test, par acquis de conscience... Deux barres sont clairement visibles dans la fenêtre. La première qui certifie que le test a été bien fait, et la deuxième... pour indiquer que l'hormone de grossesse est dans les urines. Dans mes urines. Dans mon corps... Quoi ??? Mais non ! Je suis enceinte là ? Je tremble comme une feuille. Je reste là, debout, avec ce test dans les mains. Et je prends conscience en pleine face de ce qu'il est en train de m'arriver. Je suis enceinte, bordel de shit merde !



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