14 : ... de courte durée

Mes premières semaines de grossesse se passent à merveille. Je me sens vraiment au top de ma forme. Les maux n'apparaissent pas. Aucune nausée, pas de douleur quelconque, je dors comme un bébé : sereine. Mon bedon ne se voit pas encore, à mon grand désarrois. Il finira pas pousser c'est sûr, il faut que je patiente encore. Mais j'ai tellement hâte d'arborer mon beau ventre bien rond. Je sais que je serai fière.

Nous n'avons pas attendu la fin des trois premiers mois pour l'annoncer à nos familles. Nous étions bien trop excités. Et eux, ils ont vécu nos essais avec nous, ils méritaient de savoir la merveilleuse nouvelle rapidement. De toute manière, j'aurai été grillée rapidement. Alex qui ne prend plus de verre d'alcool à l'apéritif, juste impossible. Début novembre 2018, toute notre famille était au courant. Naturellement, ce sont des explosions de joie qui ont accompagné nos annonces. Tout le monde est heureux pour nous et nous sommes heureux qu'ils soient heureux (oui j'avoue, on dirait une secte du bonheur). Mais qu'importe. Tout va bien, c'est merveilleux. Mon échographie de datation est fixée au 14 novembre. Nous allons rencontrer notre petit bébé pour la première fois. J'espère qu'on va entendre son cœur battre. J'ai tellement hâte de te voir mon petit haricot et de savoir que tu vas bien surtout.

Lundi 12 novembre 2018 : Nous avons posé un jour de congé, mon mari et moi. Histoire de se remettre d'un week-end bien chargé. Il est tôt et nous dormons encore. Tout d'un coup, je suis réveillée. Une violente douleur me foudroie. Elle est située dans mon bas ventre... Elle est vraiment très très violente. Je me tords de douleur. De longue minutes passent, mais la douleur ne s'en va pas. Putain mais qu'est ce qu'il m'arrive encore ? Je pense immédiatement à un début de fausse couche... Je me mets à pleurer, j'ai tellement mal. La douleur irradie dans mon bas ventre, mes lombaires et remontent jusqu'à mes côtes. J'ai même du mal à respirer. J'essaie de prendre de grandes inspirations pour me calmer et pour que la douleur passe. Mais elle ne passe pas. Je décide de me lever pour aller aux toilettes. Si je vois du sang en m'essuyant, j'aurai la certitude que je suis en train de perdre mon bébé. Je me lève, tant bien que mal. J'arrive sur les WC, je fais pipi et m'essuie. Rien, pas de sang (ouf). Mais la douleur est toujours là, elle devient de plus en plus forte, une horreur. Je crie. Je suis encore assise sur mes toilettes quand je sens le malaise arriver. Ma tête tourne et je commence à voir flou. Je tire la chasse d'eau et décide de retourner au lit. Mais je n'arrive pas jusqu'à ma chambre, je m'écroule littéralement, de tout mon poids, devant la porte. Le bruit de ma chute réveille mon mari, il arrive à mes côtés : "Alex, putain mais qu'est ce qu'il se passe ?". Je l'entends, mais ne lui réponds pas. Je suis dans le gaz, complétement inerte. Je le sens me soulever et me déposer dans le lit. Je reprends petit à petit mes esprits. "J'ai mal chou, j'ai mal au ventre" Je hurle presque en lui disant ces mots. Il me dit de me calmer. Il me recouvre avec la couette et me dis de me rendormir, peut être que la douleur passera en me reposant. Je m'endors d'épuisement...

Vers 09h00, je me réveille. La douleur est toujours présente mais elle s'est bien atténuée. Je réveille mon mari :" Il faut aller aux urgences maternité, on doit m'examiner. Ce n'est pas normal d'avoir eu une douleur comme ça. J'ai eu malaise. Il faut aller voir si tout va bien". Il se lève d'un bon en grognant : "Putain et c'est reparti, les merdes reviennent". On sait tous les deux que la fausse couche me pointe au nez. Nous partons rapidement après avoir avaler un petit déjeuner sur le pouce. Dans la voiture, on ne dit rien. L'angoisse nous gagne. Ces semaines de bonheur risquent de s'arrêter brutalement. Je ne le supporterais pas. Je ne préfère pas trop y penser. J'attends d'avoir été examinée avant.

Nous arrivons aux urgences de la maternité (celle où je pensais m'inscrire pour mon accouchement). J'explique à la dame de l'accueil ce qu'il m'arrive : enceinte d'un peu plus de 5 semaines (7 semaines aménorrhées) , douleurs au ventre suivies d'un malaise. Nous patientons dans la salle d'attente. Une infirmière arrive rapidement pour me prendre un charge ; elle me demandera de faire un recueil d'urine et me prendra ma tension. Les résultats sont bons. Puis nous retournons dans la première salle pour attendre que l'obstétricien de garde vienne nous chercher. Nous attendons au moins deux bonnes heures. Et je commence à me culpabiliser. Plus le temps passe et moins ma douleur est présente. Ils ne vont rien trouver de bizarre et on va avoir monopoliser une prise en charge en urgence pour rien. En même temps, je suis contente de ne plus avoir mal. Ce n'était sûrement rien de grave. Tant mieux.

Une Docteure vient à notre rencontre. Elle nous emmène dans une pièce avec un bureau et tout le nécessaire pour une échographie. Elle se présente comme étant interne. Je lui explique la raison de notre venue. Je commence même à m'excuser, car je n'ai plus de douleur, et je regrette d'avoir engorger les urgences pour si peu. Elle me répond que j'ai bien fait de venir, toute douleur en début de grossesse ne doit pas être prise à la légère. Elle me demande de me déshabiller pour pratiquer une échographie pelvienne ; au vu de mon terme, l'échographie classique ne serait pas assez efficace. L'examen commence. " Bon déjà Madame, il n'y a aucun saignements au niveau du col, c'est un bon début". Je souffle, stressée comme jamais. " Alors, voyons votre utérus". Un sac noir apparait à l'écran... mon utérus. Mais il est vide, je ne vois rien dedans... Mon cœur s'arrête pendant un quart de seconde. L'interne tourne la sonde, et là, tout d'un coup un petit truc blanc apparait à l'écran. Elle enchaine "Donc il y a bien un embryon. Il est seul. Pas de grossesse multiples. Je vais prendre les mesures... Tout est Ok, cela correspond à votre terme". Je commence à me détendre, je regarde (et mon mari aussi) cet espèce de petit haricot à l'écran... c'est notre bébé. "On va écouter le cœur Madame". Je retiens ma respiration. Elle appuie sur une touche de son moniteur, et le plus merveilleux son du monde me parvient aux oreilles. Un toudoum toudoum toudoum toudoum très régulier. Ce son retentit au plus profond de mon corps et de mon cœur ; l'émotion me gagne. Je fonds en larmes, rejoins très rapidement par celles de mon mari qui me prend la main et la serre fort comme pour me dire : "Il est là notre petit ange, il va bien". L'interne effectue les dernières vérifications et retire la sonde vaginale. Elle me propose de rester sur la table. Tout est OK pour elle, mais elle souhaite que je sois examinée par l'obstétricienne titulaire de garde, pour être bien sûre que tout aille bien. Bon bah d'accord. Elle me pose un drap pour protéger mon intimité. Nous n'avons pas eu à attendre très longtemps, l'obstétricienne arrive rapidement. Elle n'a pas l'air aimable... Comme son interne, elle m'examine en long, en large et en travers. Elle ne détecte rien d'anormal. Mon embryon est bien implanté, et sa taille correspond à son terme. Elle me demande de me rhabiller et nous invite à nous assoir au bureau, afin qu'elle nous donne le compte-rendu de prise en charge. Nous allons repartir avec une photo de notre bébé, super. Je commence à expliquer devant les deux docteures, que nous avons eu un parcours difficile avec mon mari pour avoir notre bébé, et que de ce fait, nous sommes certainement un peu inquiet plus rapidement que les autres couples. Qu'est ce que j'ai pas dit là ! Je me fais rembarer en beauté par la titulaire : "Mais Madame vous savez, un parcours de PMA ne donne aucun droit particulier, maintenant que vous êtes enceinte, vous êtes placée au même titre que toutes les femmes !" Boum, prends toi ça en pleine tête Alex. Je scrute mon mari du coin de l’œil, il a envie de lui sauter à la gorge. J'empoigne son genou, l'air de dire : "Calmes-toi t’inquiètes pas". Elle nous remet le compte-rendu et sort de la pièce. L'interne, encore à nos côtés, semble gênée... Nous sortons à notre tour. Sur le parking, en direction de notre voiture, je lâche un : "Mais quelle grosse conne !" Mon mari pense bien la même chose et on fulmine tous les deux. En arrivant à la voiture, je lui dis : "Aller, on s'en fou, je vais bien et bébé va bien également". Et nous rentrons à la maison.

Ma douleur est définitivement de l'histoire ancienne. Je me suis reposée tout le lundi après-midi et le mardi je pétais le feu à nouveau. 

Le mercredi, jour de mon écho de datation, est arrivé. Nous avions, mon mari et moi, rendez-vous de bonne heure à la clinique, avec une sage-femme échographe. Nous y allons le cœur plus léger, car nous avons déjà vu notre bébé et nous savons qu'il va bien. Mais bon, on est pas contre l'idée de le voir à nouveau à l'échographie. Il n'y a pas d'attente avant le rendez-vous et nous sommes pris en charge par une femme d'âge mûre.  J'ai avec moi, mes dernières prises de sang et autres examens, dont celui des urgences du lundi. Je lui explique le parcours PMA et ma douleur de l'avant veille. "On va regarder ça Madame, mais vous savez, en début de grossesse, beaucoup de femme ont des douleurs dites gastriques, ça peut faire très mal". Nous commençons l'examen, et je revois mon petit haricot à l'examen. La sage-femme prend les mesures nécessaires et nous explique tout en même temps. Elle précise que pour le moment, cela ne ressemble pas à un bébé mais bien à un petit haricot. Elle ajoute que pour ma prochaine et première échographie officielle de grossesse (vers 12 semaines aménorrhées), nous verrons cette fois-ci, un vrai mini bébé. J'ai trop hâte. Nous entendons son petit cœur battre à nouveau : je ne m'en lacerais jamais. Elle nous autorise à enregistrer le son de son cœur comme souvenir. Bip bip ; mon mari dégaine son portable en deux deux. Puis elle s'attarde sur mon utérus. Elle me dit qu'elle ne trouve rien d'anormal : taille de l'utérus OK, taille du sac gestationnel OK etc. Elle me précisera tout de même que j'ai un petit hématome à l'intérieur, mais que ce n'est rien, que cela arrive souvent avec une stimulation ovarienne. "Il risque de s'évacuer tout seul dans les prochains jours Madame, vous allez peut-être saigner un peu, du sang foncé, il ne faudra pas vous inquiéter, ce sera l'hématome qui part". Bon bah OK, si je saigne, je ne panique pas, c'est noté. L'examen est déjà terminé, j'aurai voulu passer la journée à le regarder mais pas le choix, il faut aller bosser. La sage-femme imprime un livret avec son compte-rendu, et des photos de bébé. Elle nous donne ensuite le rendez-vous pour mon écho du premier trimestre. Fixé à mi-décembre... Que ça va être long d'attendre encore un mois pour te revoir...

La semaine touche à sa fin sans souci. Je ne saigne pas et tant mieux. Ma journée de travail du vendredi est terminée, et je décide d'aller prendre un café chez ma maman avant de rentrer (elle habite sur ma route du retour). Une fois arrivée, elle me demande comment je vais et si mes douleurs sont revenues : "Non non tout est OK, je pète la forme". Elle est soulagée. Elle me sert mon café et nous allons nous installer dans son canapé. Je ne suis pas assise depuis deux minutes, qu'une gène apparait dans mon bas. Je change plusieurs fois de position, espérant être plus confortable. Mais la gène persiste et se transforme gentiment en douleur ; THE douleur. Celle de lundi. Oh non non non non. "Ça va chouchou ?" Je lui réponds que non, que j'ai mal tout d'un coup, mais genre vraiment mal quoi. Je me lève pour aller aux toilettes, et comme la fois dernière, la douleur est trop vive, je fais un malaise sur les chiottes. J'arrive à appeler au secours ma mère "Maman ! Maman !" Elle arrive en courant. "Je fais un malaise, aides-moi à me relever". Elle me soutien par le buste et me traine tant bien que mal sur le canapé. Je me mets à hurler de douleur : "Maman, j'ai mal, j'ai mal, fais quelque chose". Je vois la panique dans ses yeux. "J'appelle les secours". J'enchaine "Non, pas la peine, ces des douleurs gastriques, ça va passer". Elle me surélève les jambes et court me faire chauffer une espèce de bouillotte. Elle me la posera sur le ventre quelques instants plus tard. Je me tords de douleur, ça fait tellement mal putain. Je fonds en larmes : "Je veux pas perdre mon bébé maman". Elle essaie de me rassurer, complétement désemparée la pauvre. "Tu veux un médicament pour la douleur ?" Mais je suis enceinte, et mise à part du paracétamol et spasfon, je suis limitée. Manque de chance, elle n'a ni l'un ni l'autre. Elle me recouvre d'une couverture parce que je grelotte puis décide d'appeler mon mari à l'aide. Je l'entends au loin discuter avec lui, mais je suis dans le gaz, à morphe à cause de la douleur. J'entends :"Oui elle a super mal... non elle veut pas que je les appelle... Oui oui paracétamol et spasfon aussi... d'accord à tout de suite..." Elle revient vers moi. Mon mari arrive, il passe à la pharmacie avant pour trouver de quoi me soulager. "Comment ça va ?" me demande-t-elle inquiète. "Ça va... ça va." Ma réponse est essoufflée, à peine audible. J'ai les yeux fermés, je ne peux même plus bouger, même ma respiration me fait mal. "Essais de dormir ma chouchou, ça va aller". Je ne dors pas, la douleur est toujours là. Tant que je reste immobile, ça va, mais le moindre mouvement et hop, elle se réveille en force. Je n'ai aucune notion du temps qui s'est écoulé. Mon mari est arrivé à mon chevet et ma mère m'apporte un doliprane paracétamol et deux spasfon avec un verre d'eau. Je prends les médicaments sans broncher et me rallonge aussi sec. Et je sombre à nouveau dans ma léthargie. Je me réveille soudain, sur lit de ma maman. Merde, comment je suis arrivée là ? J'arrive à me lever, la douleur est toujours là mais nettement diminuer (ouf merci les médocs). J'arrive dans la salle à manger où je retrouve ma mère et mon mari ensemble. Il se précipite vers moi "Doucement, doucement, viens t’assoir, comment tu te sens ?". Je lui réponds : "Mieux, j'ai toujours mal mais c'est supportable". Il est déjà tard, et ma mère nous garde à manger chez elle. Plus le temps passe et mieux je me sens. Mes mouvements sont encore douloureux mais rien comparé à la crise de la fin de journée. Nous rentrons ensuite à la maison, direction le lit sans passer par la case départ. Cette seconde crise m'a épuisé. Je suis sur les rotules. Dans le lit, mon mari me demande d'appeler, dès le lendemain matin, mon médecin traitant, pour être examinée encore une fois. Il ne veut pas que je reste comme ça.

Je dors très mal cette nuit. La douleur est toujours là, et chaque changement de position me fait souffrir le martyr. Alors c'est ça le début de grossesse ? C'est censé être si douloureux ? Des douleurs gastriques.. je veux bien mais quand même. J'en fait des malaises vagaux, c'est impressionnant. Je ne comprends vraiment rien à ce qu'il m'arrive. Mais bon, si mon bébé va bien c'est le principal et tanpis pour moi. Je peux serrer les dents et je suis sûre que tout rentrera dans l'ordre rapidement...

Le samedi, dès 09h, j'appelle le cabinet médical. J'ai rendez-vous à 11h. Parfait. Nous arrivons chez mon médecin, et je lui explique la raison de ma venue. Il n'a pas de matériel d'obstétrique et ne peut donc pas m'ausculter. Il suit l'avis de ses deux consœurs : " Vous êtes certainement constipée. Cela arrive souvent en début de grossesse. Tout le corps est mis à rude épreuve sous le coup des hormones. Ça peut être très douloureux". Il me prescrit des suppositoires de glycérines, me conseille de manger des pruneaux, de boire de l'hépar et en cas de nouvelle crise, je peux prendre du tramadol. J'hésite sur le tramadol. C'est très puissant et vivement déconseillé pendant la grossesse. La pharmacienne à côté du cabinet me le déconseillera également : "Madame, dans la mesure du possible, prenez du paracétamol, mais le tramadol... vraiment un demi comprimé si fortes douleurs... mais bon évitez tout de même". Me voilà bien aidée avec tout ça...

Sur la route du retour à la maison, on fait un décroché par la supérette : jus de pruneaux, pruneaux d'agens et hépar sont devenus mes meilleurs amis à partir de maintenant. Une bonne cure et tout ira bien.

Nous arrivons à la maison. J'ai encore mon manteau et mes chaussures aux pieds. Je vais déposer mon sac de pharmacie sur le comptoir de la cuisine. Je me retourne vers l'entrée. Je sens comme un crac dans mon ventre, suivi d'une douleur, la plus violente de toute ma vie. Je n'ai pas le temps de dire ouf, que je m’effondre de tout mon poids par terre...

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