5 : début mars 2017 : l'univers s'écroule

Vendredi matin. Direction le laboratoire d'analyses médicales. 

Pour une fois, je donne volontiers mon petit bras pour la méchante piqûre (je déteste les prises de sang, comme beaucoup de monde remarque). J'explique ma situation à la piqueuse (je ne sais pas comment on dit lol). Elle m'assure que la prise de sang, c'est infaillible. Aucun risque d'erreur possible. Elle m'explique à la louche comment interpréter les résultats en cas de grossesse.

L'hormone de grossesse (béta HCG) est présente dans le sang d'une femme enceinte. Et grâce à sa quantité, il est simple de connaître l'âge de l'embryon :  

Inférieur à 10Absence de grossesse
15 à 1001ère semaine de grossesse
45 à 1 6002ème semaine de grossesse
400 à 15 0003ème semaine de grossesse
3 300 à 80 0004ème semaine de grossesse
25 000 à 170 0006ème semaine de grossesse
20 000 à 200 0002ème au 3ème mois
10 000 à 110 0002ème trimestre
6 000 à 56 0003ème trimestre

Je connais ma date d'ovulation à un ou deux jours prêts. Au bout de plus d'un an et demi d'essai, tu commences à maitriser le sujet et à connaitre ton corps par cœur. Lors de l'ovulation il y a des signes qui ne trompent pas.

Pour moi, pas de doute, je suis au moins enceinte de 3 semaines (5 semaines d'aménorrhées).

Je ressors du laboratoire le cœur léger. Les résultats seront disponibles sur internet dans la matinée. Concrètement, ce matin là au travail, je n'étais pas super super concentrée (lol). Je me suis connectée à la page internet des résultats, et j'ai du appuyer sur la touche F5 de mon clavier à peu près 75 000 fois (rhmm rhmm).

En fin de matinée, le fichier des résultats est apparu en lecture. Je suis fébrile, je tremble, mon cœur s'emballe... Mes deux collègues de bureau (qui sont au courant de la situation) sont suspendues à mes lèvres.

Aller, j'ouvre le document...

Je reste figée quelques instants, ne comprenant pas clairement le résultat. Une de mes collègues me dit : "bah alors ?" C'est bon ou pas ?"
Honnêtement j'ai du balbutié un truc inaudible, voire plutôt émis un grognement.

Le résultat est affiché : 18 de béta HCG dans mon sang.
18 ???????????????????
What ? Je ne comprends pas, tout se bouscule dans ma tête. L'hormone de grossesse est bien présente mais dans une quantité qui ne correspond pas du tout à mon terme... Mes collègues pensent à un début de fausse couche ; il y a eu une fécondation mais elle s'est arrêtée en chemin.

Mais non, je ne veux pas entendre ça. C'est impossible. Avoir attendu tout ce temps pour finir sur une fausse couche ? NO WAY ! J'ai du me planter dans ma date d'ovulation, c'est obligé. Je suis enceinte mais depuis très très très peu de temps. Oui voilà, c'est pour ça. De toute manière le spotting s'est arrété, donc c'est bien ça. Voila, respires Alexandra, ne paniques pas tout va bien. Respires !

Le spotting s'est arrêté ? Oui mais me voilà partie aux WC, je fais ma petite affaire, et là c'est la fin du monde. En m'essuyant : du sang rouge de chez rouge. Du vrai sang... Non mais non, je vis un cauchemar, non non non et re non. On se fou de ma gueule !

Je retourne dans mon bureau, et fonds en larmes devant mes collègues. Elles me réconfortent mais je suis abasourdie. Je ne comprends pas bien ce qu'il se passe. Je suis vraiment entrain de faire une fausse couche ?
La fin de journée arrive avec une Alexandra complétement léthargique. Je vais de nouveau au laboratoire, demander des infos. Le verdict tombe : "Nous sommes désolés Madame, mais effectivement il y a bien eu un début de grossesse, mais au vu du taux et de vos saignements, la grossesse s'est arrêtée"

Coup de boule en pleine face. Les larmes coulent. La pauvre dame me fait une moue désolée. Je lui dis que c'est pas possible, que je galère depuis 18 mois environ, qu'il y a forcément quelque chose à faire. Elle me conseillera d'aller consulter un médecin rapidement... 

Je rentre à la maison, effondrée (pour pas changer le thème de la journée).



Illustration by Dju Lala



6 : fausse couche, welcome welcome

Une fausse couche...

Tout le monde c'est ce que c'est. Mais peu savent réellement...

J'étais en plein dedans. Mes espoirs, ma joie, tout, absolument tout s'est envolé en un claquement de doigts.

Je suis rentrée à la maison ce soir là. J'ai tout expliqué à mon mari. Il est triste, nous le sommes tous les deux. Il me réconforte, me prend dans ses bras. Il me dit que ça va aller, qu'il faut qu'on soit fort. Forte ? Je ne le suis plus à ce moment précis. Je n'ai qu'une envie ; me recroqueviller dans mon lit et ne plus jamais en sortir.

J'appelle ma maman. Les sanglots sont trop puissants, je n'arrive même pas à lui dire ce qu'il se passe. "Je ne comprends pas ce que tu dis chouchou, calmes toi et expliques-moi". J'arrive juste à prononcer ces deux mots entre deux sanglots "...fausse...couche". Elle saute dans sa voiture pour me rejoindre à la maison. Dans ces moments là, rien ne vaut la présence de sa maman, même à presque 30 ans.

Je lui explique l'histoire : les tests de grossesse, la prise de sang. Elle me console. Elle se montre forte pour moi et me dit d'être forte aussi. Que c'est difficile, mais que malheureusement cela arrive à beaucoup de femme. Qu'il faut se concentrer sur le positif : "tu es tombée enceinte une fois, ça reprendra obligatoirement rapidement", "la nature est bien faite, si tu l'as perdu c'est qu'il n'était pas viable".

Tout ça est vrai, j'entends tout à fait ce qu'elle me dit. Elle a raison. Mon mari pense la même chose. On touche au but. La machine a été mise en route une fois, elle fonctionnera mieux la prochaine fois. 

Alors pourquoi je n'arrive pas à relativiser ?
Ah oui ça y est je sais pourquoi... c'est parce que c'est mon corps qui est entrain de le vivre et non celui des autres. C'est mon corps qui me fait défaut depuis ma puberté et qui continu à me jouer des tours. Je le déteste de me faire ça, je n'en peux plus. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Pourquoi moi ? Putain de merde pourquoi moi ? Qu'est ce que j'ai fait pour déguster autant ?

Je passe la soirée lovée dans les bras de mon mari. Sa présence me rassure tellement. La nuit se passe et je dors d'un sommeil agité où je me réveille en ne sachant plus si je suis toujours enceinte ou pas et où la réalité me revient en pleine face (douce nuit Alexandra lol)

Le week-end qui suit me fait du bien. Nous étions invités chez nos meilleurs amis pour fêter un de leur anniversaire. Nous devions dormir la bas le samedi soir. Je préviens mes amies de la situation ; qu'elles ne soient pas étonnées de voir ma tête en vrac. Elles me câlinent et me changent les idées. Je passe une bonne soirée et un bon week-end.

Physiquement ? ça va. J'ai mal au ventre mais comme-ci j'avais mes règles. Et je perds du sang également comme des règles. Je me revois me dire, "bon ce n'est pas impressionnant à vivre physiquement". Je suis soulagée...

Le week-end se termine et nous rentrons, mon mari et moi, à la maison en fin de journée le dimanche. Je décide d'aller prendre une bonne douche. Dans ma salle de bain à l'étage, je commence à faire couler l'eau sur ma tête. Elle est chaude, c'est réconfortant. Je ne vois pas tout de suite ce qu'il se passe. J'ai les yeux fermés sous le jet d'eau. Je les ouvre et regarde mes pieds... La baignoire baigne dans une eau rouge, rouge de sang, mon sang. Il y a des éclaboussures sur les rebords (les films d'horreur n'ont qu'à bien se tenir). Je crie, je hurle. Mon mari arrive en courant dans la salle de bain et voit la scène... Je tremble, je crie. Je suis sous le choc. J'ai mal au ventre, beaucoup plus que pendant le week-end. Je sens des "morceaux" sortir de moi... Mon dieu ! je suis entrain d'évacuer naturellement mon bébé. Je revois ce "morceau", bien plus gros que les autres, et je comprends ce qu'il y a dedans. Je me jette dessus en pleurant, je ne veux pas qu'il parte, je veux le remettre de là d'où il vient. Comme-ci de rien n'était. Mon esprit divague complétement à ce moment là, je perds pieds. Je m'effondre dans la baignoire, en pleurant. Mon mari me passe le jet d'eau chaude sur tout le corps pour me calmer. Nous restons ainsi un long moment, le temps que je reprenne mes esprits. 

Je finis par terminer ma douche et redescend au rez-de-chaussée, en proie à une léthargie. Je suis réellement sous le choc de ce qu'il vient de se passer. J'ai fait une putain de fausse couche. Il vient de partir dans l'évacuation de la baignoire. Plus jamais je ne prendrai un douche sans repenser à ce moment...




Illustration by Dju Lala

7 : l'après fausse couche

Je passe une nuit horrible. L'épisode de la baignoire me hante. Je me réveille toutes les heures, et je sanglote dans mon lit. Discrètement, pour ne pas réveiller mon mari.

6h25, mon réveil sonne. Il faut aller travailler. Mais je ne peux pas, je n'y arrive pas. Mon corps est meurtri, j'ai encore mal. Je saigne beaucoup et cela m’épuise. Moralement et physiquement. Je ne vais pas travailler, impossible. Je contacte le bureau et leur explique que je suis souffrante, sans entrer dans les détails. Dans la foulée, j'appelle mon médecin traitant. J'ai rendez-vous dans l'après-midi. Expliquer ce qu'il vient de se passer à un professionnel de santé me parait important, et surtout une question me reste en tête : « ai-je bien tout évacué ? » Il ne faudrait pas en prime qu'il reste des « morceaux » ; je sais que ça peut être dangereux.

Je reste, en pyjama, dans mon canapé toute la matinée. Zéro motivation pour quoique ce soit. Je regarde la télé sans la regarder vraiment. Je me remémore la veille. Et je prends conscience de ce qu'il m'est arrivé. 

J'ai porté la vie... Certes, pour un moment très court. Mais j'ai porté la vie dans mon ventre. Et j'ai porté la mort également... Ironie du sort quand tu nous tiens. Le sentiment de désespoir est violent. Pourquoi mon corps à rejeter mon bébé ? D'aucuns me diront (et m'ont dit d'ailleurs) "ça va tu étais à peine enceinte, t'as pas eu le temps de t'accrocher !"

Pardon ? Bien sûr que je me suis accrochée à ce petit embryon, même s'il n'avait que quelques jours. Bien sûr que je me suis projetée à l'issue des 9 mois de grossesse avec mon bébé dans les bras. Bien sûr que mon instinct de protection était déjà en place, c'est automatique. Merde !

Je me voyais déjà maman, et me voilà retournée à la case départ (sans toucher les 20 000 francs hein). 

Encore aujourd'hui, je pense souvent à cette première grossesse, à toi. Je ne peux m'empêcher de me dire : "si j'avais pu te garder en moi, tu aurais aujourd'hui, 6 mois, 1 an, etc".

Je te demande pardon petit haricot. Pardon de ne pas avoir su prendre soin de toi ni d'avoir pu te protéger. Mais je ne t’oublie pas, jamais je ne le pourrais. 

Me voilà à attendre dans la salle d'attente du médecin. Douchée et habillée (quand même). Il me reçoit et je lui explique l'histoire. Naturellement, il est désolé pour moi. "Vous n'avez vraiment pas de chance" (sans blague !). Il me prescrit une échographie à faire, afin de bien vérifier que mon avortement spontanée (c'est comme ça qu'on dit) est bien allé au bout, et que mon utérus est vide. Le doc me prescrit un arrêt de travail d'une semaine, pour me reposer et reprendre des forces. Je perds beaucoup de sang et je suis fatiguée de tout ça. J'accepte l'arrêt de travail sans broncher. 

J'appelle un laboratoire d'imagerie médicale aussitôt ressortie. Pas de rendez-vous avant plusieurs jours... J'insiste au téléphone, c'est urgent. J'explique mon cas, encore... La dame se montre compréhensive au vu de la situation : rendez-vous le lendemain pour mon échographie. Je retourne vite à mon canapé, cocoone polaire pour m'envelopper et bouillotte sur le ventre (toute ma vie depuis plusieurs mois quoi). 

Mardi : jour de l’échographie. Je ne fais pas la maligne. J’ai les boules. J’arrive au point d’accueil des patients pour l’enregistrement de mon dossier, et j'explique ma situation (encore et encore). « Date de vos dernières règles madame ? » Sérieux ? On s’en fou non ? je l’ai perdu, qu’est-ce que ça change à l’histoire ?
Je donne la date de mes dernières règles et vais m’assoir dans la salle d’attente. 

Vient s’assoir à côté de moi, une jeune femme… enceinte jusqu’aux dents. Elle vient faire une échographie de contrôle à tous les coups. Elle est magnifique avec son ventre bien rebondi. Les yeux me piquent tout d’un coup. Je la regarde avec envie. Elle caresse son ventre. C’est beau. Je touche mon ventre. C’est vide. 

Une femme en blouse blanche m’appelle : c’est mon tour (ouf je n’aurai pas eu à attendre longtemps avec superbe maman à mes côtés). La docteure a une bonne tête, et surtout c’est une femme. Je ne sais pas pourquoi mais ça me rassure. J’explique mon histoire : le début de grossesse, la fausse couche. Je lui dis que sur avis de mon médecin traitant, je viens vérifier si mon utérus est bien vide. "On va regarder ça" qu'elle me dit (pas de "désolée madame" ? "courage ça va aller " et bah nan !) Je m’installe sur la table. Je relève mon pull… « Ah non madame, on va faire une échographie pelvienne, je verrai mieux » Je me déshabille donc (vulnérable à souhait). L'examen commence. La sonde, à l'intérieur de moi, est froide avec la tonne de lubrifiant dessus. L'examen est complétement indolore (ouf). Elle oriente la sonde de différentes manières. Et je vois, ce que je pense être mon utérus, sur l'écran de l'échographe. La doc m'explique que mon endomètre est épais (ok d'accord super, j'ai rien compris). Et tout d'un coup, je ne sais qu'elle mouche l'a piquée, elle me sort, sur un ton plus que tranchant : "bah il est vide votre utérus, je ne vois rien, il n'y a pas de grossesse!"...

Coup de boule en pleine face pour Alexandra. Je reste interloquée sur le coup. Les larmes montent et je lui réponds : "bah bien sûr qu'il n'y a pas de grossesse, je l'ai perdu ! Vous vous rappelez ?". Les larmes coulent. Elle retire sa sonde rapidement (heureusement, sinon je pense que je lui plantais dans la gorge, sans lubrifiant !). Elle s'excuse pour son manque de tact. Trop tard, le mal est fait. Je me rhabille fissa et commence à partir de la salle d'examen. Elle me rattrape : "attendez dans la salle d'attente, que je vous ramène le compte rendu d'examen"

Je ne réponds même pas et sort rapidement. Ouf, jolie maman est partie. Je sors un mouchoir de ma poche et essuie mes larmes. J'en ai ras le bol de pleurer. Une petite mamie, assise plus loin, me regarde du coin de l’œil. Je l'ignore.

Les résultats sont prêts. J'arrache la feuille cartonnée des mains du monstre inhumain. Ton "au revoir", et "bonne journée" tu peux te le mettre là ou je pense ! 

Une fois dehors, j'appelle mon mari. Mais il est au travail et ne répond pas. J'appelle ma maman. Elle décroche ; entendre sa voix me fait du bien. Je lui raconte mes péripéties et je fonds en larmes une fois de plus. "Je suis tombée sur une putain de connasse maman !" Elle est dépitée pour moi, elle ne pensait pas qu'une femme pouvait se montrer aussi froide.

C'était la première fois que je tombais sur une personne aussi peu compatissante... malheureusement pour moi, ça ne sera pas la dernière...

Malgré tout, je suis soulagée. Physiquement, mon corps a bien fait son travail. Il ne reste rien de toi. Je peux passer à autre chose et continuer à avancer. Enfin, essayer tout du moins.


8 : milieu de l'année 2017, le mot qui fâche

Ma semaine d'arrêt de travail touche à sa fin. Heureusement, car au final, être restée à la maison, seule avec mes démons, ne m'aura pas fait plus de bien que ça (lol). J'ai tout de même le mérite de m'être reposée.

Mon corps va mieux ; les saignements se sont presque arrêtés. Mais ma tête et surtout mon cœur, eux, ne sont pas au mieux de leur forme. Je pleure tous les jours.. Je pense sans cesse à ce que j'ai perdu. Je m’apitoie sur mon sort, je me plains de la situation merdique dans laquelle nous sommes. Mon mari me botte les fesses pour que je remonte la pente. Je ne l'entends même plus. Je reste enfermée dans ma tristesse et quelque part, au fond de moi, je ne veux pas en sortir. En sortir ça serait oublier ma grossesse et mon bébé. Je m'y refuse. Hors de question que je passe à autre chose. Je suis d'une humeur de chien. C'est une période de ma vie où je n'ai pas le souvenir d'avoir eu le sourire. Pas le sourire de circonstance pour faire bonne figure (celui là je le maitrise à la perfection), non je parle du vrai sourire, celui qui reflète le bonheur... (il était bien loin le bonheur à ce moment là, surement parti en vacances pour une durée indéterminée). J'ai malgré tout, conscience que, pour mon mari, cela n'a pas dû être une période facile non plus. Vivre avec une femme qui peut exploser à la moindre réflexions ou contrariétés... Qui n'a plus envie de sourire... Il ne devait même plus savoir comment s'y prendre avec moi. Le pauvre. J'étais tellement enfermée sur moi-même, que j'en ai oublié que lui aussi, il a perdu son bébé. Je m'efforce alors à faire des efforts, pour lui. Afin qu'il ne subisse pas mon mal être constant. 

Je reprends le travail et ma vie. Avoir une activité professionnelle me fait du bien. Je n'ai pas le plus épanouissant métier du monde, mais il a le mérite de me changer les idées et mes collègues y contribuent aussi. Tout doucement, avec mon mari, nous reprenons nos essais bébé. Ma phase de deuil touche à sa fin, je sens que j'ai avancé sur le sujet. Ma joie de vivre et mon sourire sont revenus de leurs congés sans soldes. Cette fois, une vague de confiance renait en moi. Moralement, je me sens beaucoup mieux. Le temps a fait son œuvre. Je redeviens la Alexandra déterminée que je pense avoir toujours été. Je vais retomber enceinte rapidement, j'y crois. Les hormones de grossesse ont déjà été présentes dans mon corps. La machine est lancée et elle va l'être à nouveau. Oui j'y crois. (ma pauvre Alexandra, tu crois vraiment au père Noël).

Tiens en parlant de père Noël ; tellement persuadée de ma future grossesse imminente ; je dis un jour à mon mari : "je prends le pari avec toi, pour le prochain Noël, je serai enceinte avec un peu de chance". Je ne savais pas à ce moment là que la chance était elle aussi, partie en vacances (rejoindre Joie de vivre et Bonheur à tous les coups). Elle ne donnera des nouvelles que de longs très longs mois plus tard.

Les semaines passent, les mois passent. Nous sommes arrivés au début de l'été 2017. Et toujours pas de nouvelle grossesse à l'horizon. 2 ans depuis l’arrêt de ma pilule. Putain de merde. Je n'ai plus le choix. Je sais ce qu'il nous pend au nez avec ces 2 ans d'essais sans succès ; j'ai la trouille. Je me décide à prendre rendez-vous chez ma gynécologue, courant juillet 2017. Je lui explique les derniers mois d'essais et ma fausse couche... "Oh vous étiez à peine enceinte, cela arrive à beaucoup de femmes". Tout ce que j'avais envie d'entendre ! Elle me fait les examens annuels classiques. Le rendez-vous se termine et elle m'annonce qu'elle ne peut plus rien faire pour moi. Qu'il faut que mon mari et moi nous nous orientions vers des professionnels de la fécondité (aie aie aie le mot qui fait peur va être prononcé, non non je ne veux pas). Elle rédige un courrier à l'attention d'une docteure spécialiste du domaine dans une clinique de ma Région. Le couperet tombe. Avec ce courrier, nous entrons officiellement dans la catégorie des couples avec des difficultés à concevoir... Le mot PMA est prononcé (merde merde et re merde). 

La PMA ou Procréation Médicalement Assistée (ou Assistance Médicale à la Procréation dans certains endroits) consiste à mettre en place des protocoles médicaux pour aider le couple à avoir un bébé. Je connais ce système (FIV, insémination artificielle etc). J'ai une amie qui a eu recours à la FIV à plusieurs reprises avant d'avoir son bébé. Je suis dégoutée. Je savais très bien que ça me pendait au nez un jour ou l'autre mais j'avais tellement espoir de l'éviter que je me prends un coup de masse. On en finira jamais de cette galère. Quand est-ce que ça va s'arrêter ? Mais qu'est ce qu'on a fait pour mériter ça ?

Je rentre à la maison et explique à mon mari ce qui nous attend. Il est dégouté, vraiment. Cela lui fait peur. Mais loin d'être enchanté par la situation, il reste très motivé, comme toujours, à faire ce qu'il faut pour réussir à avoir notre bébé. De mon côté, je n'en suis pas là. Ma mauvaise humeur de femme dégoutée revient en force. J'ai peur. La PMA, pour une femme, implique énormément d'examens médicaux, de contraintes liées aux injections de stimulants ovariens, de gestion du temps pour les nombreux rendez-vous. C'est un sacret bordel qui m'attend. Je n'en veux pas. Je dis à mon mari que je ne suis pas prête à subir tout ça. Moralement je suis encore trop fragile pour encaisser de tels protocoles médicaux. Mon mari me rappelle gentiment que ce n'est pas forcément moi qui ai un problème à concevoir mais peut être lui, voire même nous deux en même temps. Mais ça ne change rien. Je suis assez renseignée pour savoir que si l'infertilité vient de l'homme, c'est la femme qui subit les protocoles (bah oui c'est elle qui porte). Nous discutons longuement au sujet de la PMA. Nous nous fâchons même un peu car je fais marche arrière et lui veut aller de l'avant. Nous décidons de couper la poire en deux : nous ne refusons pas la PMA mais nous me laissons le temps d'appréhender la chose. Si je ne tombe pas enceinte d'ici là, nous prendrons notre premier rendez-vous en PMA pour le début de l'année 2018. Pas avant. Je me laisse l'été et quelques mois derrière pour y penser et peut être qu'au final, la PMA n'aura été dans notre vie qu'un mot prononcé au détour d'un rendez-vous gynécologique.


9 : plus le choix, PMA nous voilà

Inutile de préciser que les quelques mois de "pause" en prévision de la PMA n'ont absolument rien donné. Mon utérus s’évertue à demeurer vide.

Le temps passe tellement vite... Malgré tous ces mois d'essais depuis juillet 2015, qui, sur le coup, m'ont semblé longs,  je ne peux que constater que le temps défile, sous mes yeux, sans que je ne puisse le ralentir.

Nous sommes tout début de l'année 2018. Je vais avoir 30 ans dans 5 mois... Je ne suis toujours pas maman. Ce n'est pas qu'à 30 ans il faut être maman, non loin de là. C'est plus un sentiment de bilan négatif sur notre projet de devenir parents. Bientôt 3 ans qui nous y travaillons. Et déjà un an s'est écoulé depuis ma fausse couche. J'ai l'impression de faire du sur place.

La peur d'un parcours en PMA ne m'a pas quitté. Mais je n'ai plus le choix, nous sommes au pieds du mûr.

Je me décide à contacter la clinique spécialisée. Nous avons un rendez-vous rapidement avec la docteure recommandée par ma gynécologue. Nous devons nous y rendre tous les deux, mon mari et moi. La secrétaire au téléphone me demande de venir avec nos derniers examens médicaux passés (prise de sang, bilan hormonal, IRM pelvienne, compte rendu d’hystérosalpingographie etc). Le rendez-vous est fixé courant février (si ma mémoire ne me fait pas défaut). Un milliard de questions nous passent par la tête, la PMA nous fait peur à tous les deux décidément.

Le jour du rendez-vous arrive. Nous y allons fébriles, ne sachant pas à quelle sauce nous serons mangé. Car oui, de réputation, la docteure est excellente dans son domaine mais elle n'est pas réputée charmante (elle est même réputée froide comme la glace). Bon... Nous nous présentons à l'accueil pour l'enregistrement de notre dossier administratif, puis nous allons patienter dans la salle d'attente. Je suis étonnée de constater qu'elle est pleine (il va falloir prendre son mal en patience avant d'être reçu) mais surtout je me dis que merde, il y a beaucoup de couples dans la même situation que nous malheureusement. Mes jambes tremblent, bien que je sois assise. On discute avec mon mari, de tout, sauf du rendez-vous en approche. Nous ne sommes ni plein d'espoir ni désespérés, simplement dans l'attente.

La docteure vient chercher les couples au fur et à mesure. Effectivement, elle n'a pas l'air aimable... Mes jambes n'arrêtent pas de trembler. Nous attendons plus d'une heure, quand vient notre tour : "C'est à qui le tour ?" Euh bah je crois que c'est à nous. Nous entrons dans son cabinet. "Qu'est-ce qui vous amène ?" (rien on a vu de la lumière et on est entré !). Je lui explique que sur conseil de ma gynéco nous venons dans l'espoir d'avoir un bébé. Quand elle apprend que cela fait presque 3 ans que nous essayons, elle nous sort "il fallait venir plus tôt!" (ok d'accord la messe est dite). Nous passons en revu mes examens et je lui explique l'épisode de la fausse couche. "oh mais ce n'est rien ça, c'était qu'une grossesse biochimique ça ne compte pas" (j'ai soudain une forte envie de lui botter le cul). Aucune compassion, aucun mot gentil ou d'encouragement ne sortira de sa bouche. Elle nous prescrit des examens à passer : spermogramme pour mon mari, bilan hormonal et hystéroscopie pour moi. "Vous revenez me voir quand tout ça sera fait, bon soir". Et elle va ouvrir la porte pour chercher un autre couple. Nous remettons nos vestes fissa et nous sortons rapidement de la clinique. Impossible de débriefer avec mon mari dans l'immédiat, la rendez-vous était après nos travail respectifs, et nous étions venus à deux voitures. Nous repartons chacun de notre côté, rendez-vous à la maison. Je monte dans ma voiture et fond en larmes...

Mes larmes n'ont pas arrêté de couler jusqu'à mon retour à la maison. Mon mari me grille direct. Il est choqué comme moi devant le comportement de la docteure. Il me dit : "j'étais à deux doigts de lui rentrer dedans à cette c****!" Je suis tellement décue de cet entretien, j'espérais de la compassion et de la gentillesse, et je récolte de l'indifférence et un mari furax. Mon mari ajoute : "On va prendre sur nous parce qu'on a besoin d'elle, mais putain j'espère que ça marchera rapidement pour pas voir sa gueule trop souvent". Honnêtement je me dis la même chose.

Comme un éternel recommencement, je prends rendez-vous pour passer mes examens. Heureusement, je peux tout faire directement à la clinique. Pour la prise de sang pas de problèmes, j'ai l'habitude d'en faire. Je constate néanmoins que le personnel du laboratoire est très gentil et bienveillant. Ils ont l'habitude de piquer des femmes en parcours de PMA et ils se montrent encourageant pour moi. Cela me fait chaud au cœur. Pour mon hystéroscopie (caméra qui passe par le col de l'utérus pour vérifier s'il n'y a pas des kystes aux ovaires et voir l'état général de l'utérus), c'est une autre paire de manches. Le rendez-vous est fixé rapidement. Je suis plus que sereine. L'hystéroscopie est réputée complétement indolore par rapport à une hystérosalpingographie. Je n'avais absolument rien senti pour cette dernière, donc j'y vais à la cool (si j'avais su...). L'examen se passe avec une gynécologue et deux infirmiers (rien que ça ?). Je m'installe sur une table, pieds dans les étriers et moumoune à nue bien en évidence (à ce stade de mon parcours, je n'en suis même plus à être gênée, ma dignité s'en est allée bien loin en vacances depuis belle lurette). L'examen commence... Le passage de la caméra dans le vagin, no problémo, mais vient le moment de franchir le col de l'utérus et là c'est le drame. Je me mets à hurler en me cabrant de douleur. "Madame ne bougez pas s'il vous plait!". Je lui réponds que j'ai mal, que j'ai vraiment très mal. Je comprends soudain la présence des deux infirmiers : un à gauche et un à droite. Ils me maintiennent par les bras et les jambes pour ne pas que je bouge. "Courage Madame, c'est bientôt passé". Les secondes passent lentement, j'ai mal. Une douleur vive, horrible, irradie de mon intimité jusqu'à mon anus. Je ne connais pas cette douleur mais elle est vraiment intense. Je fonds en larmes sur la table, je supplie que l'examen se termine. Pitié que ça s'arrête. La gynéco termine l'examen. Mais la douleur est encore présente, j'ai mal à l'intérieur. "Madame, ne vous inquiétez vous allez perdre du sang, le col de l'utérus est irrité du coup" (ah bon ? j'avais rien senti !!!). La gynéco m'explique, qu'au niveau de mon col, il y a comme une petite butée (une marche) et qu'il a fallu qu'elle force pour passer le col avec la caméra. Elle s'excuse d'avoir dû me faire mal.

Au final, et heureusement d'ailleurs, l'examen est ok, il n'y a rien d'anormal. Je n'arrive même plus à parler, mes sanglots ne se calment pas. J'ai un peu honte aussi, d'avoir pleuré comme une nouille devant ces personnes. Je crois que je suis restée un bon quart d'heure à sangloter sur la table avant d'aller me rhabiller. Je pleurais encore quand je suis sortie et j'ai croisé des jeunes femmes dans la salle d'attente qui venaient pour le même examen que moi. J'ai tellement dû leur faire peur quand elles ont vu passer ma tête... Désolée Mesdames.

Je suis sur le parking de la clinique et me dirige vers ma voiture. J'appelle mon mari ; il m'avait demandé de le tenir au courant. Je ne commence même pas par lui dire que tout est normal, mais m'empresse de lui expliquer comment j'ai passé un mauvais quart d'heure. Je pleure encore au téléphone. Il me rassure, me dit de me calmer : "tout va bien, c'est terminé, calmes-toi". Je lui réponds que si la PMA commence comme ça, je ne vais pas tenir le coup. C'est trop douloureux, tant sur le plan physique que mental. Je rentre à la maison. Ce soir là, un bon bain pour me détendre et un câlin dans les bras de mon mari seront ma meilleure thérapie.

En y repensant, j'ai été soulagée que l'examen n'est rien montré d'anormal, mais au fond de moi je reste perplexe. Encore une fois, tout semble montrer que tout va bien dans mon corps. Ce n'est pas que j'aurai préféré avoir quelque chose, mais avoir quelque chose aurait expliqué mes difficultés à concevoir. Et là... bah tout va bien. Mais ça ne fonctionne pas pour autant. Affaire à suivre.



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10 : Fin des examens

Mon hystéroscopie est digérée. J'ai eu mal plusieurs jours et j'ai saigné pendant tout ce temps. 

De son côté, mon mari s'est rendu à la clinique PMA pour passer un spermogramme. Il s'agit, pour l'homme, d’effectuer, par masturbation, un recueil de sperme afin d'être analysé en laboratoire. Cela permet de savoir si les spermatozoïdes sont en quantité suffisante, et s'ils n'ont pas de problèmes de tailles, de longévité de vie etc.  Je l'ai accompagné ce jour là, il n'avait pas envie d'y aller seul. C'était difficile pour lui et je le comprends parfaitement. Il était inquiet et pas à l'aise. Les résultats lui faisaient peur aussi. Et si il avait des problèmes de fertilité ? Je sais que c'est quelque chose qu'il aurait très mal vécu.

Nous nous rendons alors tous les deux à la clinique, un matin, avant d'aller travailler. Après enregistrement de notre dossier, nous allons patientons dans la salle d'attente dédiée au spermogramme. Il y avait d'autres hommes dans la salle. Chacun regarde ses pieds. Nous savons tous pourquoi nous sommes là et pourquoi ils sont là (moment de gêne bonjour). Vient notre tour. L'infirmière qui nous prend en charge me demande si je veux aller avec mon mari... pour l'aider... Je ne sais pas quoi répondre. Mon mari me demande de venir avec lui. Nous entrons dans une petite chambre, avec un lit, un évier, et un petit placard. La madame lui explique comment faire : "Alors vous procédez à un nettoyage complet de votre sexe avec le produit à votre disposition, et vous vous lavez également soigneusement les mains. Vous faites votre affaire et vous recueillez votre semence dans le petit pot. Idéalement, il en faudrait environ 3ml." Mon mari lui répond qu'il fera ce qu'il peut... Il est blanc comme un linge, et moi je ne fais pas la maligne à côté. Elle reprend : "Une fois terminée, vous déposez le pot sur le lavabo et en partant laissez bien la porte ouverte. Ah oui et Madame, si vous voulez l'aider, vous devez vous laver les mains également. Sinon Monsieur, dans le placard, il y a des magazines à votre disposition". Et elle sort. Nous restons là, tous les deux, comme deux cons... Ça aurait pu être une situation comique. Mais nous ne rigolions pas, mais alors pas du tout. On attaque le chantier. Je vous épargne les détails, mais au bout d'un long moment, nous arrivons à récupérer une quantité suffisante de mini nous (lol). Mon mari se rhabille en vitesse : "On se casse d'ici !" Nous laissons le précieux recueil dans la chambre et sortons. Un petit débriefing dehors s'impose. "Quelle merde Alex, je ne veux plus avoir à refaire ça". Non mais je rêve, il n'est quand même pas en train de se plaindre là ? Je lui rappelle gentiment, que malgré le fait que sa fierté en ai pris un coup, cela reste un examen non douloureux et non invasif et clairement qu'on se dise les choses : c'est une masturbation. Point ! Je lui remémore ce par quoi je suis passée de mon côté depuis le début de nos essais et ce qui m'attend encore. Que moi, mon intimité est mise à rude épreuve tout le temps et que ma fierté il y a bien longtemps que je n'en ai plus. A ce moment précis, je suis énervée contre lui. Quoiqu'il advienne de ses résultats de spermogramme, il ne subira rien de plus qu'un recueil de sperme pour les protocoles de PMA. A l'inverse, je vais déguster... ce n'est pas comme-ci je n'avais pas l'habitude... Mais quand même !

Ma colère contre lui n'aura pas duré longtemps. Je me mets à sa place aussi. Nous ne vivons pas quelque chose de facile, ni pour moi, ni pour lui. Et je pense qu'il a tout simplement peur de la suite des évènements. C'est bien normal.

Le temps passe. Le printemps est déjà là. Les résultats du spermogramme sont arrivés chez nous. Pas besoin d'être médecin pour les lire. Ils sont bons, aucun problème à déclarer. Nous devons retourner voir la docteure pour lui montrer les résultats de nos examens respectifs. On prend sur nous, mais on appréhende de la revoir (quelle tristesse d'en arriver là). Nous avons notre deuxième rendez-vous en fin de journée. Nous décidons de rentrer à la maison après le travail et de repartir ensemble à la clinique. Chance pour nous, il fait beau. On chausse les manteaux et les casques pour nous y rendre en moto. Nous arrivons là bas le cœur léger, une balade en moto ça fait toujours du bien.

L'attente avant le rendez-vous, comme la dernière fois, est longue. Et la salle d'attente est pleine à craquer. Des couples, ou des femmes seules, tous attendent patiemment leur rendez-vous avec Madame la Bien Aimable. Tout le monde a son dossier papier avec lui (le fameux dossier médical qui ne nous quittera jamais tout le temps des protocoles). Certains plus épais que d'autres (ils n'en sont certainement pas à leur début en PMA). Ça ne s'arrête jamais, ça défile à longueur de journée. C'est tellement triste. Nous échangeons des regards compatissants avec les autres personnes, nous vivons tous la même chose. Être ici dans l'espoir de devenir parents. Aucun de nous ne connaitra la chance d'un parcours simple, et sans douleur. Se battre sans relâche, pour ressentir le bonheur de vous rencontrer, vous, nos futurs enfants. C'est une bataille acharnée, qui ne s'arrête que lorsque l'on tient son bébé dans ses bras. Lorsque mon regard croisera celui de mon enfant pour la première fois, enfin je saurai que j'ai réussi. Que le combat est fini. A ce moment là seulement, je pourrai souffler. Mais pas encore, pas maintenant. Maintenant, nous sommes appeler par la docteure, et nous allons savoir quel protocole va être mis en place pour nous. 

Elle est toujours aussi aimable... Elle regarde le compte-rendu du spermogramme de mon mari : "Excellent Monsieur, tout va bien de ce côté là". Elle regarde mes examens. "Tout est bon de votre côté aussi Madame". Super, nous voilà bien avancé. Elle sort de son tiroir un espèce de dictaphone et commence à parler dedans : "Aujourd'hui blabla, je reçois M. et Mme blabla, examens ok... infertilité inexpliquée... blabla... commençons par un protocole d'IAC blablabla". Un protocole de quoi ??? Elle nous explique brièvement. L'IAC ou Insémination Artificielle avec sperme du Conjoint, consiste (au début d'un nouveau cycle menstruel) en une stimulation ovarienne par stylos injectables pour la femme, suivie d'une injection spéciale pour déclencher l'ovulation et ça finit par l'insertion du recueil de spermatozoïdes du conjoint (traités et sélectionnés en laboratoire) directement dans l'utérus (pause de spéculum et insertion d'une pipette contenant le précieux recueil). Joli programme en perspective. Elle nous précise que dans le cadre de la prise en charge d'un parcours de PMA par la sécurité sociale, nous avons le droit de faire 5 ou 6 tentatives d'IAC avant de passer aux FIV (Fécondation In Vitro). Je croise secrètement les doigts pour ne pas en arriver là... Elle prépare les ordonnances des stimulants pour moi et celui du recueil pour mon mari. Elle me donne une feuille en format A4, avec toutes les informations nécessaires pour bien suivre le protocole : quand je dois commencer à me piquer avec les stylos, quand je dois venir à la clinique faire un contrôle folliculaire (j'y reviendrai plus tard) etc etc. Je me rappelle m'être dit : voilà le mode d'emploi pour avoir mon bébé, on est bien loin du câlin sous la couette. "Quand voulez-vous commencer la première IAC Madame ?" Je lui réponds que pour le moment, je ne suis pas encore prête ; j'ai besoin de temps. Et nous arrivons à une période de l'année plutôt chargée pour nous. Je n'ai pas envie de me lancer dans l'immédiat. On est plus à quelques mois prêts hein. Contre toute attente, elle m'encourage dans ce sens : "Vous avez raison, prenez le temps qu'il vous faut et vous commencerez quand vous serez prête" (bah merde, c'est la première phrase sympa qu'on entend sortir de ta bouche !).

Nous rentrons à la maison ce soir là. Je suis partagée entre le soulagement, quelque part, que nous soyons enfin pris en charge dans notre projet, et d'un autre côté, ça ne m'enchante pas du tout. Devoir me piquer le bas ventre pendant plusieurs jours pour stimuler mes ovaires, passer ma vie à la clinique pour les contrôles qui vont avec... Et encore pour le moment on ne parle que d'insémination artificielle. Si ça ne fonctionne pas, nous passerons sur des FIV... Je bougonne dans mon coin en pensant à ce qui m'attend.

Il est certain maintenant que je tomberais enceinte grâce à la médecine (merci à elle quand même). A moins que la chance nous sourit enfin, mais je n'y crois plus. Qu'est ce que je raconterai à mon enfant quand il sera plus grand et qu'il me demandera : "Maman tu te rappelles du jour où j'ai été conçu ?" : "Bien sûr mon cœur, c'était une journée magnifique, où maman est allée à la clinique et où elle s'est fait insérer les zozos de papa dans la moumoune..." Je m'auto flagelle en ayant ce genre de pensées, mais je n'y peux rien. Clairement tout ça me fait chier au plus haut point.







11 : Première insémination artificielle

Je me suis laissée quelques semaines afin de bien appréhender le top départ de ma première insémination artificielle. Au final, je n'ai rien appréhendé du tout. Et j'ai autant envie de démarrer le protocole que d'aller me pendre...

Je dois attendre le début d'un nouveau cycle menstruel pour faire ma première piqure ; à J3 du cycle. Mes règles sont arrivées un jeudi (J1), je dois donc commencer mes injections le samedi. J'appelle la clinique PMA dès le premier jour des règles. L'assistante au téléphone me donne un rendez-vous avec la Docteure environ à J13 J14 du cycle (je ne sais plus exactement). Ce rendez-vous intervient après une dizaine de jours d'injections de stimulants. Il aura pour but de contrôler, sous échographie pelvienne, le nombre de follicules matures qui donneront potentiellement des ovules fécondables. Avec la PMA et la stimulation ovarienne, il arrive que le nombre d'ovules fécondables soit multiple. Il est donc fort possible de tomber enceinte d'une grossesse gémellaire (non merci ça va aller lol).

Je décide de me piquer le soir, toujours à la même heure (vers 20h00). Mon mari tient à participer à tout ça. Il sait que je ne suis pas à l'aise à l'idée de le faire moi-même. Il me propose donc de me piquer tous les jours ; c'est sa manière à lui d'avoir un rôle dans le protocole. J'accepte volontiers. Le samedi est arrivé. Ce jour là, nous le passions avec mon frère et ma belle sœur du côté de Chartres. Aucun souci pour me piquer ; j'avais soigneusement installé mon petit stylo dans une glacière, et une fois arrivés chez ma belle sœur, hop petit stylo dans le frigo. Le soir est venu, 20h00 tapante. Mon mari et moi allons nous installer dans la chambre parentale. On se lave les mains. Je me désinfecte le bas ventre avec une lingette antibactérienne (présente dans chacune des boites de stylos). On arme l'aiguille, on charge la dose de produit (celle indiquée par la docteure en PMA sur mon protocole papier). Je pince ma peau, à l'endroit où mon mari va piquer. Pop, il m'enfonce l'aiguille et appuie sur l'espère de bouton pressoir. Il retire l'aiguille. C'est terminé (un petit bleu apparaitra dès le lendemain, ça ne sera pas le dernier).

Les injections ne sont pas douloureuses, heureusement. Sur ce point, je suis rassurée, plus de peur que de mal comme on dit. Vient le moment de la seconde piqûre, celle du dimanche. Même procédé. On fait ça à deux. C'est une affaire qui marche. Les jours s'enchainent, et j'ai le droit à ma petite piqûre tous les soirs, en guise d'apéro (lol). Je ne sais pas pourquoi, mais au fond de moi, tout ce procédé me gène. De devoir absorber des produits chimiques pour faire travailler mes ovaires à fond la caisse, c'est contraire à ce que j'aurai souhaité. Je vois ça contre nature. Je n'arrête pas de me dire que notre infertilité est "inexpliquée", alors pourquoi je m'injecte toute cette merde ? Je sais que c'est pour une bonne cause, mais ça m'emmerde grave. Je n'y mets pas du cœur, loin de là. Pendant la période des injections, je suis bougon, grognon, tout m'énerve. Alexandra mauvais caractère bonjour !

Le jour de mon comptage folliculaire est arrivé. Je retourne à la clinique PMA pour me faire examiner par la Docteure. Je rentre dans son bureau. Elle me demande rapidement comment se déroule les injections ? Je lui réponds que ça se passe bien. "Passez dans la pièce à côté et déshabillez-vous pour le contrôle !" Aucun problème, c'est demandé si gentiment ! Je m'installe sur la table, pieds dans les étriers, moumoune à l'air (toute ma vie quoi !). Elle met un préservatif sur la sonde, une bonne couche de vaseline et hop welcome home petite sonde. Je vois apparaitre mon utérus sur l'écran. Un espèce de grand sac noir en contraste. Elle fait bouger la sonde à l'intérieur. Niveau délicatesse on repassera... Ce n'est pas douloureux mais c'est désagréable à souhait. La Docteure me parle : "Qu'est-ce que vous faites dans la vie ?" Je bafouille. Merde elle s'intéresse à moi là ? Je lui explique en quoi consiste mon travail. Puis elle enchaine sur ce que font ses enfants... Nous avons un réel échange, truc de dingue. Elle revient à nos affaires et finit par m'expliquer que les injections ont très bien fonctionné, j'ai deux beaux follicules matures (un pour chaque ovaire). Youpi ! Elle retire la sonde et me demande de la rejoindre dans son bureau. "Vous continuez les injections encore ce soir, puis demain soir, vous faite l'injection qui déclenche l'ovulation (ça s'appelle Ovitrelle), et vous venez lundi matin à 10h00 pour l'insémination. Monsieur devra venir lundi matin à 8h00 pour son recueil." Ok chef, oui chef ! Au moins ça a le mérite d'être clair. Elle me précise, pour mon information, qu'avec l'injection d'ovulation, il faut faire l'insémination environ 36h00 après pour qu'elle soit efficace. Avec ces deux follicules matures, un espoir né en moi. Peut être qu'avec un peu de chance, ça va fonctionner du premier coup ; ça sera trop génial. Mon corps a l'air de réagir comme il faut, j'en suis contente. Je me risque à lui poser la question : "Vous pensez que ça peut marcher avec deux follicules ?" Elle répond : " Le nombre de follicules n'a pas vraiment d'importance, un seul suffit à tomber enceinte. Mais sachez que les pourcentages de réussite lors d'une première insémination sont presque nuls " Et merdeeee. Elle enchaine "Voyez ça comme un échauffement, vous aurez plus de chance à la deuxième, et encore plus à la troisième etc. Plus vous faites d'inséminations, plus le taux de chance augmente" Je lui répond avec un simple "d'accord".

Le rendez-vous terminé, je m'en vais travailler. Heureusement, j'ai un travail avec des horaires flexibles et beaucoup de congés annuels. Je n'ai pas été obligée d'informer mon employeur de mon parcours en PMA. Du coup, dès que j'ai besoin, soit je pose un demi congé, soit je rattrape mon temps. Mon chef ne me pose jamais de question, heureusement.

Mon mari et moi terminons la dernière injection de stimulant le soir même et le lendemain, on fait celle de l'ovulation. Contrairement aux stimulants, celle de l'ovulation est douloureuse. L'aiguille est plus épaisse, et il y a beaucoup plus de liquide à injecter. Je la sens passer. Je gémis et colle ma tête dans le cou de mari pour m'y blottir pendant qu'il me pique. Il sait que j'ai mal, et ça lui fait mal au cœur pour moi.

Le week-end touche à son fin et nous voilà arrivés au lundi matin. Mon mari part avant moi, il a rendez-vous à 8h00 pour sa petite affaire (lol). Il ira travailler ensuite. Pour ma part, j'ai posé quelques heures de récupération pour aller à la clinique. Je me lève, un peu stressée, j'ai mal dormi. L'enjeu est important. Même si j'ai bien conscience que les chances de réussite ne sont pas en ma faveur, j'y crois. J'ai envie d'y croire. Nous n'avons pas vraiment de problèmes d'infertilité, peut être qu'un bon coup de main de la médecine fonctionnera, et peut être du premier coup. "Petite Chance adorée, ça serait vraiment sympa de revenir de vacances là".

J'arrive un peu avant 10h00. Je me présente à l'accueil. L'assistante prend mon dossier, vérifie différents éléments, et m'indique où je dois me rendre pour attendre mon tour. La salle d'attente est minuscule, et je suis seule. Un bon 20 minutes passent, je ne tiens pas en place sur ma chaise. Je me lève, marche un peu, regarde par la fenêtre, puis me rassoie. Et je recommence, marcher, regarder, s'assoir... J'ai mal au ventre. Une infirmière arrive. Elle me fait entrer dans la pièce ; il y a un lit, différentes machines allumées, et un ordinateur, ça clignote plus qu'à Noël. Elle me demande de vérifier le nom sur la pipette contenant les spermatozoïdes : il s'agit bien du nom de mon mari et du mien (oui faudrait pas m'injecter le sperme d'un autre, on aurait pas l'air con !) Puis, elle m'invite à retirer le bas de mes vêtements et mon dessous et enfin de m'allonger sur le lit. J'ai un drap à ma disposition à déposer sur mes jambes, pour préserver mon intimité (Chérie, à ce stade de mon parcours mon intimité elle craint plus rien, je te jure). Elle me demande de patienter encore un peu ; la Docteure va arriver. Et elle sort. Me voilà seule à nouveau, sur mon lit, avec ce drap en guise de cache vue. Mes pensées se bousculent : est-ce que ça va faire mal ? Est-ce que je vais devoir attendre avec les jambes en l'air, après l'insémination pour aider les zozos à aller vers leur destination ? Est-ce que je vais tomber enceinte ? Je rêve déjà de voir mon test de grossesse positif, et fantasme rapidement sur la manière de l'annoncer à mon mari. Je m'y vois déjà putain.

Ma rêverie touche à sa fin, Docteure aimable arrive. Elle me dit bonjour et me demande comment je me sens (merde je vais finir par l'appeler Docteure sympa si ça continue). "Un peu stressée" je lui réponds. Elle me rassure ; la manipulation est complétement indolore. Elle se lave les mains et prépare la pipette des mini nous en ébullition. "Le recueil est excellent Madame, le rendement est de plus de 80 %" Le rendement ??? On est vraiment mais vraiment sur une autre planète à la PMA. Elle s'installe, assise face à moi. "Respirez Madame, on y va". Je confirme, je n'ai rien senti. Elle me demande de rester allongée en gardant les jambes pliées pendant une quinzaine de minutes. Une fois le temps écoulé, je pourrai me rhabiller et repartir à mes occupations, comme-ci de rien n'était. Elle me laisse une ordonnance : c'est une prise de sang pour contrôler mon taux d'hormones de grossesse dans deux semaines. Je dois effectuer la prise de sang au laboratoire de la clinique, pour que le service PMA ait les résultats rapidement. Je devrais alors téléphoner dans la journée pour connaitre le verdict. Elle me souhaite une bonne journée et s'en va. J'attends sur mon lit. Petit problème, je n'ai pas mon téléphone sur moi, il est dans mon sac à main par terre. Merde ! Je trouve la solution. Il y a un moniteur sur ma droite. L'heure indiquée n'est pas la bonne mais qu'importe. Je prends le temps indiqué et j'attends 15 minutes plus tard. Ding ding, c'est l'heure de se lever. Je m'habille et me voilà reparti au travail, comme-ci de rien n'était. Enfin pas tout à fait, je marche tout doucement dehors, dans le but de ne pas perdre le précieux liquide à l'intérieur de moi (je suis rien con sérieux !). Les gens qui m'ont croisé sur le parking ont dû pensé que j'avais une coloscopie (ah ah ah).

Je continue mon quotidien ; métro, boulot, dodo. Dans les jours qui suivent mon insémination, je suis à l'affût de la potentielle moindre petite modification dans mon corps : seins douloureux, augmentation de l'appétit, grognerie, n'importe quoi qui pourrait me laisser croire que ça a fonctionné. Je dois faire ma prise de sang le lundi (deux semaines tout rond après l'insémination). Mais je ne tiens pas. Je craque bien avant. Et dès le vendredi (trois jours avant), j'achète un test de grossesse (vendus par deux of course). Je le fait avec les urines du matin... Les 5 minutes d'attente sont terminées. Je le prend dans mes mains. Il est définitivement négatif. Bon... Je l'ai peut être fait trop tôt. Si je suis enceinte, ce n'est que de quelques jours. Je suis sûrement trop impatiente (non sans blague ?!) Aller, j'en ai un deuxième, je le ferai le dimanche matin. Là, le résultat sera vraiment sûr.

Dimanche : 5h00 du matin. Je me lève pour aller faire mon deuxième test. Discrètement pour ne pas réveiller mon mari (bah oui, il est pas au courant que je suis complétement dingue). Je m'installe sur les WC de ma salle de bain à l'étage et je fais mon pipi sur la bandelette. Je referme le capuchon, et dépose le précieux objet sur la commande. J'ai un petit espoir, car contrairement à tous mes cycles menstruels, cette fois-ci, je ne perds pas de spotting juste avant d'avoir mes règles. Du coup ça a sûrement marché... J'attends quelques minutes et vais regarder le résultat... Test négatif... Direction la poubelle. Alex direction le lit en pleurant. Bonne fin de nuit. A la prochaine !