10 : Fin des examens

Mon hystéroscopie est digérée. J'ai eu mal plusieurs jours et j'ai saigné pendant tout ce temps. 

De son côté, mon mari s'est rendu à la clinique PMA pour passer un spermogramme. Il s'agit, pour l'homme, d’effectuer, par masturbation, un recueil de sperme afin d'être analysé en laboratoire. Cela permet de savoir si les spermatozoïdes sont en quantité suffisante, et s'ils n'ont pas de problèmes de tailles, de longévité de vie etc.  Je l'ai accompagné ce jour là, il n'avait pas envie d'y aller seul. C'était difficile pour lui et je le comprends parfaitement. Il était inquiet et pas à l'aise. Les résultats lui faisaient peur aussi. Et si il avait des problèmes de fertilité ? Je sais que c'est quelque chose qu'il aurait très mal vécu.

Nous nous rendons alors tous les deux à la clinique, un matin, avant d'aller travailler. Après enregistrement de notre dossier, nous allons patientons dans la salle d'attente dédiée au spermogramme. Il y avait d'autres hommes dans la salle. Chacun regarde ses pieds. Nous savons tous pourquoi nous sommes là et pourquoi ils sont là (moment de gêne bonjour). Vient notre tour. L'infirmière qui nous prend en charge me demande si je veux aller avec mon mari... pour l'aider... Je ne sais pas quoi répondre. Mon mari me demande de venir avec lui. Nous entrons dans une petite chambre, avec un lit, un évier, et un petit placard. La madame lui explique comment faire : "Alors vous procédez à un nettoyage complet de votre sexe avec le produit à votre disposition, et vous vous lavez également soigneusement les mains. Vous faites votre affaire et vous recueillez votre semence dans le petit pot. Idéalement, il en faudrait environ 3ml." Mon mari lui répond qu'il fera ce qu'il peut... Il est blanc comme un linge, et moi je ne fais pas la maligne à côté. Elle reprend : "Une fois terminée, vous déposez le pot sur le lavabo et en partant laissez bien la porte ouverte. Ah oui et Madame, si vous voulez l'aider, vous devez vous laver les mains également. Sinon Monsieur, dans le placard, il y a des magazines à votre disposition". Et elle sort. Nous restons là, tous les deux, comme deux cons... Ça aurait pu être une situation comique. Mais nous ne rigolions pas, mais alors pas du tout. On attaque le chantier. Je vous épargne les détails, mais au bout d'un long moment, nous arrivons à récupérer une quantité suffisante de mini nous (lol). Mon mari se rhabille en vitesse : "On se casse d'ici !" Nous laissons le précieux recueil dans la chambre et sortons. Un petit débriefing dehors s'impose. "Quelle merde Alex, je ne veux plus avoir à refaire ça". Non mais je rêve, il n'est quand même pas en train de se plaindre là ? Je lui rappelle gentiment, que malgré le fait que sa fierté en ai pris un coup, cela reste un examen non douloureux et non invasif et clairement qu'on se dise les choses : c'est une masturbation. Point ! Je lui remémore ce par quoi je suis passée de mon côté depuis le début de nos essais et ce qui m'attend encore. Que moi, mon intimité est mise à rude épreuve tout le temps et que ma fierté il y a bien longtemps que je n'en ai plus. A ce moment précis, je suis énervée contre lui. Quoiqu'il advienne de ses résultats de spermogramme, il ne subira rien de plus qu'un recueil de sperme pour les protocoles de PMA. A l'inverse, je vais déguster... ce n'est pas comme-ci je n'avais pas l'habitude... Mais quand même !

Ma colère contre lui n'aura pas duré longtemps. Je me mets à sa place aussi. Nous ne vivons pas quelque chose de facile, ni pour moi, ni pour lui. Et je pense qu'il a tout simplement peur de la suite des évènements. C'est bien normal.

Le temps passe. Le printemps est déjà là. Les résultats du spermogramme sont arrivés chez nous. Pas besoin d'être médecin pour les lire. Ils sont bons, aucun problème à déclarer. Nous devons retourner voir la docteure pour lui montrer les résultats de nos examens respectifs. On prend sur nous, mais on appréhende de la revoir (quelle tristesse d'en arriver là). Nous avons notre deuxième rendez-vous en fin de journée. Nous décidons de rentrer à la maison après le travail et de repartir ensemble à la clinique. Chance pour nous, il fait beau. On chausse les manteaux et les casques pour nous y rendre en moto. Nous arrivons là bas le cœur léger, une balade en moto ça fait toujours du bien.

L'attente avant le rendez-vous, comme la dernière fois, est longue. Et la salle d'attente est pleine à craquer. Des couples, ou des femmes seules, tous attendent patiemment leur rendez-vous avec Madame la Bien Aimable. Tout le monde a son dossier papier avec lui (le fameux dossier médical qui ne nous quittera jamais tout le temps des protocoles). Certains plus épais que d'autres (ils n'en sont certainement pas à leur début en PMA). Ça ne s'arrête jamais, ça défile à longueur de journée. C'est tellement triste. Nous échangeons des regards compatissants avec les autres personnes, nous vivons tous la même chose. Être ici dans l'espoir de devenir parents. Aucun de nous ne connaitra la chance d'un parcours simple, et sans douleur. Se battre sans relâche, pour ressentir le bonheur de vous rencontrer, vous, nos futurs enfants. C'est une bataille acharnée, qui ne s'arrête que lorsque l'on tient son bébé dans ses bras. Lorsque mon regard croisera celui de mon enfant pour la première fois, enfin je saurai que j'ai réussi. Que le combat est fini. A ce moment là seulement, je pourrai souffler. Mais pas encore, pas maintenant. Maintenant, nous sommes appeler par la docteure, et nous allons savoir quel protocole va être mis en place pour nous. 

Elle est toujours aussi aimable... Elle regarde le compte-rendu du spermogramme de mon mari : "Excellent Monsieur, tout va bien de ce côté là". Elle regarde mes examens. "Tout est bon de votre côté aussi Madame". Super, nous voilà bien avancé. Elle sort de son tiroir un espèce de dictaphone et commence à parler dedans : "Aujourd'hui blabla, je reçois M. et Mme blabla, examens ok... infertilité inexpliquée... blabla... commençons par un protocole d'IAC blablabla". Un protocole de quoi ??? Elle nous explique brièvement. L'IAC ou Insémination Artificielle avec sperme du Conjoint, consiste (au début d'un nouveau cycle menstruel) en une stimulation ovarienne par stylos injectables pour la femme, suivie d'une injection spéciale pour déclencher l'ovulation et ça finit par l'insertion du recueil de spermatozoïdes du conjoint (traités et sélectionnés en laboratoire) directement dans l'utérus (pause de spéculum et insertion d'une pipette contenant le précieux recueil). Joli programme en perspective. Elle nous précise que dans le cadre de la prise en charge d'un parcours de PMA par la sécurité sociale, nous avons le droit de faire 5 ou 6 tentatives d'IAC avant de passer aux FIV (Fécondation In Vitro). Je croise secrètement les doigts pour ne pas en arriver là... Elle prépare les ordonnances des stimulants pour moi et celui du recueil pour mon mari. Elle me donne une feuille en format A4, avec toutes les informations nécessaires pour bien suivre le protocole : quand je dois commencer à me piquer avec les stylos, quand je dois venir à la clinique faire un contrôle folliculaire (j'y reviendrai plus tard) etc etc. Je me rappelle m'être dit : voilà le mode d'emploi pour avoir mon bébé, on est bien loin du câlin sous la couette. "Quand voulez-vous commencer la première IAC Madame ?" Je lui réponds que pour le moment, je ne suis pas encore prête ; j'ai besoin de temps. Et nous arrivons à une période de l'année plutôt chargée pour nous. Je n'ai pas envie de me lancer dans l'immédiat. On est plus à quelques mois prêts hein. Contre toute attente, elle m'encourage dans ce sens : "Vous avez raison, prenez le temps qu'il vous faut et vous commencerez quand vous serez prête" (bah merde, c'est la première phrase sympa qu'on entend sortir de ta bouche !).

Nous rentrons à la maison ce soir là. Je suis partagée entre le soulagement, quelque part, que nous soyons enfin pris en charge dans notre projet, et d'un autre côté, ça ne m'enchante pas du tout. Devoir me piquer le bas ventre pendant plusieurs jours pour stimuler mes ovaires, passer ma vie à la clinique pour les contrôles qui vont avec... Et encore pour le moment on ne parle que d'insémination artificielle. Si ça ne fonctionne pas, nous passerons sur des FIV... Je bougonne dans mon coin en pensant à ce qui m'attend.

Il est certain maintenant que je tomberais enceinte grâce à la médecine (merci à elle quand même). A moins que la chance nous sourit enfin, mais je n'y crois plus. Qu'est ce que je raconterai à mon enfant quand il sera plus grand et qu'il me demandera : "Maman tu te rappelles du jour où j'ai été conçu ?" : "Bien sûr mon cœur, c'était une journée magnifique, où maman est allée à la clinique et où elle s'est fait insérer les zozos de papa dans la moumoune..." Je m'auto flagelle en ayant ce genre de pensées, mais je n'y peux rien. Clairement tout ça me fait chier au plus haut point.







11 : Première insémination artificielle

Je me suis laissée quelques semaines afin de bien appréhender le top départ de ma première insémination artificielle. Au final, je n'ai rien appréhendé du tout. Et j'ai autant envie de démarrer le protocole que d'aller me pendre...

Je dois attendre le début d'un nouveau cycle menstruel pour faire ma première piqure ; à J3 du cycle. Mes règles sont arrivées un jeudi (J1), je dois donc commencer mes injections le samedi. J'appelle la clinique PMA dès le premier jour des règles. L'assistante au téléphone me donne un rendez-vous avec la Docteure environ à J13 J14 du cycle (je ne sais plus exactement). Ce rendez-vous intervient après une dizaine de jours d'injections de stimulants. Il aura pour but de contrôler, sous échographie pelvienne, le nombre de follicules matures qui donneront potentiellement des ovules fécondables. Avec la PMA et la stimulation ovarienne, il arrive que le nombre d'ovules fécondables soit multiple. Il est donc fort possible de tomber enceinte d'une grossesse gémellaire (non merci ça va aller lol).

Je décide de me piquer le soir, toujours à la même heure (vers 20h00). Mon mari tient à participer à tout ça. Il sait que je ne suis pas à l'aise à l'idée de le faire moi-même. Il me propose donc de me piquer tous les jours ; c'est sa manière à lui d'avoir un rôle dans le protocole. J'accepte volontiers. Le samedi est arrivé. Ce jour là, nous le passions avec mon frère et ma belle sœur du côté de Chartres. Aucun souci pour me piquer ; j'avais soigneusement installé mon petit stylo dans une glacière, et une fois arrivés chez ma belle sœur, hop petit stylo dans le frigo. Le soir est venu, 20h00 tapante. Mon mari et moi allons nous installer dans la chambre parentale. On se lave les mains. Je me désinfecte le bas ventre avec une lingette antibactérienne (présente dans chacune des boites de stylos). On arme l'aiguille, on charge la dose de produit (celle indiquée par la docteure en PMA sur mon protocole papier). Je pince ma peau, à l'endroit où mon mari va piquer. Pop, il m'enfonce l'aiguille et appuie sur l'espère de bouton pressoir. Il retire l'aiguille. C'est terminé (un petit bleu apparaitra dès le lendemain, ça ne sera pas le dernier).

Les injections ne sont pas douloureuses, heureusement. Sur ce point, je suis rassurée, plus de peur que de mal comme on dit. Vient le moment de la seconde piqûre, celle du dimanche. Même procédé. On fait ça à deux. C'est une affaire qui marche. Les jours s'enchainent, et j'ai le droit à ma petite piqûre tous les soirs, en guise d'apéro (lol). Je ne sais pas pourquoi, mais au fond de moi, tout ce procédé me gène. De devoir absorber des produits chimiques pour faire travailler mes ovaires à fond la caisse, c'est contraire à ce que j'aurai souhaité. Je vois ça contre nature. Je n'arrête pas de me dire que notre infertilité est "inexpliquée", alors pourquoi je m'injecte toute cette merde ? Je sais que c'est pour une bonne cause, mais ça m'emmerde grave. Je n'y mets pas du cœur, loin de là. Pendant la période des injections, je suis bougon, grognon, tout m'énerve. Alexandra mauvais caractère bonjour !

Le jour de mon comptage folliculaire est arrivé. Je retourne à la clinique PMA pour me faire examiner par la Docteure. Je rentre dans son bureau. Elle me demande rapidement comment se déroule les injections ? Je lui réponds que ça se passe bien. "Passez dans la pièce à côté et déshabillez-vous pour le contrôle !" Aucun problème, c'est demandé si gentiment ! Je m'installe sur la table, pieds dans les étriers, moumoune à l'air (toute ma vie quoi !). Elle met un préservatif sur la sonde, une bonne couche de vaseline et hop welcome home petite sonde. Je vois apparaitre mon utérus sur l'écran. Un espèce de grand sac noir en contraste. Elle fait bouger la sonde à l'intérieur. Niveau délicatesse on repassera... Ce n'est pas douloureux mais c'est désagréable à souhait. La Docteure me parle : "Qu'est-ce que vous faites dans la vie ?" Je bafouille. Merde elle s'intéresse à moi là ? Je lui explique en quoi consiste mon travail. Puis elle enchaine sur ce que font ses enfants... Nous avons un réel échange, truc de dingue. Elle revient à nos affaires et finit par m'expliquer que les injections ont très bien fonctionné, j'ai deux beaux follicules matures (un pour chaque ovaire). Youpi ! Elle retire la sonde et me demande de la rejoindre dans son bureau. "Vous continuez les injections encore ce soir, puis demain soir, vous faite l'injection qui déclenche l'ovulation (ça s'appelle Ovitrelle), et vous venez lundi matin à 10h00 pour l'insémination. Monsieur devra venir lundi matin à 8h00 pour son recueil." Ok chef, oui chef ! Au moins ça a le mérite d'être clair. Elle me précise, pour mon information, qu'avec l'injection d'ovulation, il faut faire l'insémination environ 36h00 après pour qu'elle soit efficace. Avec ces deux follicules matures, un espoir né en moi. Peut être qu'avec un peu de chance, ça va fonctionner du premier coup ; ça sera trop génial. Mon corps a l'air de réagir comme il faut, j'en suis contente. Je me risque à lui poser la question : "Vous pensez que ça peut marcher avec deux follicules ?" Elle répond : " Le nombre de follicules n'a pas vraiment d'importance, un seul suffit à tomber enceinte. Mais sachez que les pourcentages de réussite lors d'une première insémination sont presque nuls " Et merdeeee. Elle enchaine "Voyez ça comme un échauffement, vous aurez plus de chance à la deuxième, et encore plus à la troisième etc. Plus vous faites d'inséminations, plus le taux de chance augmente" Je lui répond avec un simple "d'accord".

Le rendez-vous terminé, je m'en vais travailler. Heureusement, j'ai un travail avec des horaires flexibles et beaucoup de congés annuels. Je n'ai pas été obligée d'informer mon employeur de mon parcours en PMA. Du coup, dès que j'ai besoin, soit je pose un demi congé, soit je rattrape mon temps. Mon chef ne me pose jamais de question, heureusement.

Mon mari et moi terminons la dernière injection de stimulant le soir même et le lendemain, on fait celle de l'ovulation. Contrairement aux stimulants, celle de l'ovulation est douloureuse. L'aiguille est plus épaisse, et il y a beaucoup plus de liquide à injecter. Je la sens passer. Je gémis et colle ma tête dans le cou de mari pour m'y blottir pendant qu'il me pique. Il sait que j'ai mal, et ça lui fait mal au cœur pour moi.

Le week-end touche à son fin et nous voilà arrivés au lundi matin. Mon mari part avant moi, il a rendez-vous à 8h00 pour sa petite affaire (lol). Il ira travailler ensuite. Pour ma part, j'ai posé quelques heures de récupération pour aller à la clinique. Je me lève, un peu stressée, j'ai mal dormi. L'enjeu est important. Même si j'ai bien conscience que les chances de réussite ne sont pas en ma faveur, j'y crois. J'ai envie d'y croire. Nous n'avons pas vraiment de problèmes d'infertilité, peut être qu'un bon coup de main de la médecine fonctionnera, et peut être du premier coup. "Petite Chance adorée, ça serait vraiment sympa de revenir de vacances là".

J'arrive un peu avant 10h00. Je me présente à l'accueil. L'assistante prend mon dossier, vérifie différents éléments, et m'indique où je dois me rendre pour attendre mon tour. La salle d'attente est minuscule, et je suis seule. Un bon 20 minutes passent, je ne tiens pas en place sur ma chaise. Je me lève, marche un peu, regarde par la fenêtre, puis me rassoie. Et je recommence, marcher, regarder, s'assoir... J'ai mal au ventre. Une infirmière arrive. Elle me fait entrer dans la pièce ; il y a un lit, différentes machines allumées, et un ordinateur, ça clignote plus qu'à Noël. Elle me demande de vérifier le nom sur la pipette contenant les spermatozoïdes : il s'agit bien du nom de mon mari et du mien (oui faudrait pas m'injecter le sperme d'un autre, on aurait pas l'air con !) Puis, elle m'invite à retirer le bas de mes vêtements et mon dessous et enfin de m'allonger sur le lit. J'ai un drap à ma disposition à déposer sur mes jambes, pour préserver mon intimité (Chérie, à ce stade de mon parcours mon intimité elle craint plus rien, je te jure). Elle me demande de patienter encore un peu ; la Docteure va arriver. Et elle sort. Me voilà seule à nouveau, sur mon lit, avec ce drap en guise de cache vue. Mes pensées se bousculent : est-ce que ça va faire mal ? Est-ce que je vais devoir attendre avec les jambes en l'air, après l'insémination pour aider les zozos à aller vers leur destination ? Est-ce que je vais tomber enceinte ? Je rêve déjà de voir mon test de grossesse positif, et fantasme rapidement sur la manière de l'annoncer à mon mari. Je m'y vois déjà putain.

Ma rêverie touche à sa fin, Docteure aimable arrive. Elle me dit bonjour et me demande comment je me sens (merde je vais finir par l'appeler Docteure sympa si ça continue). "Un peu stressée" je lui réponds. Elle me rassure ; la manipulation est complétement indolore. Elle se lave les mains et prépare la pipette des mini nous en ébullition. "Le recueil est excellent Madame, le rendement est de plus de 80 %" Le rendement ??? On est vraiment mais vraiment sur une autre planète à la PMA. Elle s'installe, assise face à moi. "Respirez Madame, on y va". Je confirme, je n'ai rien senti. Elle me demande de rester allongée en gardant les jambes pliées pendant une quinzaine de minutes. Une fois le temps écoulé, je pourrai me rhabiller et repartir à mes occupations, comme-ci de rien n'était. Elle me laisse une ordonnance : c'est une prise de sang pour contrôler mon taux d'hormones de grossesse dans deux semaines. Je dois effectuer la prise de sang au laboratoire de la clinique, pour que le service PMA ait les résultats rapidement. Je devrais alors téléphoner dans la journée pour connaitre le verdict. Elle me souhaite une bonne journée et s'en va. J'attends sur mon lit. Petit problème, je n'ai pas mon téléphone sur moi, il est dans mon sac à main par terre. Merde ! Je trouve la solution. Il y a un moniteur sur ma droite. L'heure indiquée n'est pas la bonne mais qu'importe. Je prends le temps indiqué et j'attends 15 minutes plus tard. Ding ding, c'est l'heure de se lever. Je m'habille et me voilà reparti au travail, comme-ci de rien n'était. Enfin pas tout à fait, je marche tout doucement dehors, dans le but de ne pas perdre le précieux liquide à l'intérieur de moi (je suis rien con sérieux !). Les gens qui m'ont croisé sur le parking ont dû pensé que j'avais une coloscopie (ah ah ah).

Je continue mon quotidien ; métro, boulot, dodo. Dans les jours qui suivent mon insémination, je suis à l'affût de la potentielle moindre petite modification dans mon corps : seins douloureux, augmentation de l'appétit, grognerie, n'importe quoi qui pourrait me laisser croire que ça a fonctionné. Je dois faire ma prise de sang le lundi (deux semaines tout rond après l'insémination). Mais je ne tiens pas. Je craque bien avant. Et dès le vendredi (trois jours avant), j'achète un test de grossesse (vendus par deux of course). Je le fait avec les urines du matin... Les 5 minutes d'attente sont terminées. Je le prend dans mes mains. Il est définitivement négatif. Bon... Je l'ai peut être fait trop tôt. Si je suis enceinte, ce n'est que de quelques jours. Je suis sûrement trop impatiente (non sans blague ?!) Aller, j'en ai un deuxième, je le ferai le dimanche matin. Là, le résultat sera vraiment sûr.

Dimanche : 5h00 du matin. Je me lève pour aller faire mon deuxième test. Discrètement pour ne pas réveiller mon mari (bah oui, il est pas au courant que je suis complétement dingue). Je m'installe sur les WC de ma salle de bain à l'étage et je fais mon pipi sur la bandelette. Je referme le capuchon, et dépose le précieux objet sur la commande. J'ai un petit espoir, car contrairement à tous mes cycles menstruels, cette fois-ci, je ne perds pas de spotting juste avant d'avoir mes règles. Du coup ça a sûrement marché... J'attends quelques minutes et vais regarder le résultat... Test négatif... Direction la poubelle. Alex direction le lit en pleurant. Bonne fin de nuit. A la prochaine !


12 : Deuxième insémination artifcielle

Le dimanche matin, j'annonce à mon mari que je ne suis pas enceinte. Il n'est pas étonné et garde espoir pour la suite. Pour ma part, je suis écœurée. Rien qu'à l'idée de devoir recommencer une nouvelle fois les stimulations, j'en pleure d'avance. Je n'ai aucun espoir quand à la suite des évènements. J'arrive à me persuader que je fais tout ça pour rien, et que je ne serai jamais maman. J'en viens même à faire le deuil de ma maternité, et devant mon mari je fais la forte. Mais je n'y crois plus du tout. Je me dis que je vais faire les inséminations prévues, mais que dès que le mot FIV fera son entrée, j'arrêterai tout. Je n'aurai pas la force d'aller plus loin. Je le sais, je me connais. J'essaie tout de même d'en discuter avec mon mari, en lui expliquant, que peut être je ne serai jamais enceinte, que peut être il ne sera jamais papa. Pour lui c'est impensable, ça va fonctionner, il en est sûr. 

Ma plus grosse crainte, c'est qu'un jour il prenne conscience que je ne peux pas avoir d'enfant... Est-ce qu'il me quittera ? Ou acceptera-t-il de rester avec une femme incapable de lui offrir un enfant ? Je lui pose la question un jour, je ne sais plus bien quand. Sa réponse est instantanée :  "Jamais je ne me séparerai de toi, même si nous n'arrivons pas à avoir d'enfant. Nous resterons deux et puis c'est tout". Cela me rassure, mais me peine encore plus. J'ai tellement envie de lui donner ce bonheur. Il faut qu'on y arrive, il faut que je m'accroche. Pour lui surtout. Je lui dois bien ça.

Le lundi matin, je passe au laboratoire de la clinique avant d'aller travailler. Je dois faire ma prise de sang. La piqueuse veut se montrer encourageante : "Aller courage, en fin de matinée vous aurez vos résultats, peut être que ça sera une belle surprise". Je lui réponds que j'ai fait un test de grossesse la veille, et qu'il était négatif. Elle enchaine : "Ce sera pour la prochaine alors" (mais bien sûr, et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d'alu !)

En fin de matinée, je me connecte, avec mes identifiants, sur le serveur du laboratoire. Sans surprise, la prise de sang est négative. J'appelle dans la foulée la PMA. L'assistante au téléphone a déjà eu mes résultats : "Madame vous n'êtes pas enceinte, malheureusement" (ah oui ? je ne savais pas, merci !). Elle me dit alors de laisser au moins un cycle complet au repos, pour que mes ovaires ne soient pas stimulés en continue. Elle me donne alors un rendez-vous avec la Docteure mi-septembre, afin de lancer un nouveau protocole d'insémination. Il y aura donc deux cycles de repos entre les deux. Vacances d'été obligent, la Docteure n'est pas présente en août.

Les congés d'été se passent de mon côté, tranquillement. Nous ne partons pas en vacances. Mon mari et moi n'avons que deux semaines en commun, et des petits travaux à la maison sont prévus. Mais je profite du beau temps pour me prélasser au soleil. La vitamine D directement en intra-veineuse, mon kiffe. Durant cette période, j'apprends qu'un couple, dans ma famille, va devenir parent début 2019. Cette annonce est celle de trop. Je m'effondre en l'apprenant. Je suis jalouse, envieuse et en colère. Mais putain, j'en ai ras le bol de toute cette merde. J'en peux plus d'être comme ça. C'est pas moi. Apprendre une grossesse et pleurer pendant des heures. Ne plus réussir à me réjouir pour mon entourage. Mais qu'est ce que je suis devenue ? Je ne me reconnais plus.

Le mois d'août touche à sa fin. Et mon rendez-vous à la PMA est arrivé. C'était le 19 septembre 2018 (merci agenda Iphone). Avec la Docteure, nous faisons un bref retour sur la première insémination. Vraiment très bref. Il n'y a effectivement pas grand chose à dire... Je ne suis pas enceinte. Point barre. Elle me donne mon nouveau protocole papier et les ordonnances de stimulants et d'injection pour l'ovulation. "Comme la dernière fois Madame, dès le premier jour de vos règles, vous appelez le secrétariat pour le rendez-vous comptage folliculaire". J'acquiesce sans broncher. Mon cœur n'y est pas. Je suis un robot à qui on dicte ce qu'il doit faire et je m'exécute sans sourciller. Je repars avec mon dossier sous le bras. Plus défaitiste que jamais. 

Mes règles arriveront quelques jours après. Et c'est reparti pour un tour. "Allô la clinique, j'ai mes rèèèègles !!!" Bon je ne le dis pas comme ça, soyons honnête. L'assistante me donne le rendez-vous pour le contrôle : le 05 octobre (merci encore Iphone). Elle me demande de commencer à me piquer à partir de J3. "Non mais je suis au courant c'est ma deuxième insémination, tu as cru j'allais prendre des libertés ou quoi ?" Bon ok, je ne lui ai pas répondu ça non plus (lol). Je l'ai remercié et j'ai raccroché. Let's go, deuxième insémination me voilà !

Comme pour la première fois, mon mari s'adonne à me piquer tous les soirs pendant une dizaine de jour. Ça se passe très bien. J'ai des petits bleus qui apparaissent sur mon ventre, là où les aiguillent ont été plantées. C'est le seul désagrément. Je ne sais pas pourquoi mais mon mari est persuadé que ça va marcher cette fois-ci. Je le revois me dire : "T'inquiètes, je le sens, c'est la bonne, et en plus tu vas tomber enceinte de jumeaux". A ce moment là, je suis persuadée qu'il s'est mis à la drogue, il pète littéralement un boulon (lol). Son enthousiasme à le mérite de me faire rire, mais j'ai peur que la déception ne lui fasse trop mal. Je le prépare comme je peux : "T'emballes pas, tu sais bien que les pourcentages de chances sont encore faibles, tu vas être trop déçu si c'est négatif". Mais il persiste, il le sent. Intuition masculine ? Mouai, j'y crois pas du tout.

Le 05 octobre, je retourne à la clinique faire mon échographie de contrôle folliculaire. J'ai l'impression de passer ma vie là bas, et je me dis que je ne suis pas au bout de mes peines... La Docteure m'examine : "Un superbe follicule mature Madame". Pffff la fois dernière j'en avais deux et ça n'a pas fonctionné, alors là avec un... Le processus est identique cette fois encore : je fais une dernière injection de stimulant le soir même, et le lendemain (samedi) je fais celle de l'ovulation. Insémination prévue lundi matin : 08h00 pour mon mari et 10h00 pour moi. "A lundi Madame". Et je retourne au travail.

Le week-end commence. Nous étions invités chez des amis le samedi soir. Mes deux meilleures amies et leur conjoint étaient également de la partie. Pas le choix pour moi, je prends ma glacière avec l'injection d'ovulation dedans. Chez nos amis, l'apéro se prépare tranquillement. Avant de commencer, mon mari et moi, leur demandons si nous pouvons emprunter leur salle de bain. Ils ne nous posent aucune question, ils se doutent de ce qu'on va y faire. Ça aurait été tellement plus fun d'imaginer monopoliser leur salle de bain pour satisfaire une envie de sexe folle et subite, mais non... c'était pour me piquer le ventre ! (glamour bonjour). L'injection me fait mal. Je la déteste par dessus tout celle là. Nous redescendons au rez-de-chaussée pour trinquer. Je remarque que mon amie, chez qui nous sommes, ne boit pas d'alcool ; un simple jus d'orange. Bizarre... Je comprends très rapidement pourquoi. Comme de fait, on trinque tous ensemble, et le verdict ne tarde pas à tomber : "Bon on a une grande nouvelle à vous annoncer..." Je vous le donne en mille. J'encaisse l'annonce. Ils sont en face de moi, je ne peux pas leur péter leur bonheur. Je me réjouis pour eux malgré tout, ce sont des personnes géniales, ils feront des parents extraordinaires. Mes meilleures amies sont assises sur le canapé à mes côtés, une de chaque côté. Et je sens soudain leurs mains me caresser le  dos, comme pour me dire : "Courage Alex, courage". Je les aime tellement. Je lance un coup d’œil à mon mari assit en face de moi sur un pouf. Il est serein, je le vois et il me demande à demi-mot si ça va. Je lui réponds que oui. Je sens bien que nos amis sont mesurés dans l'expression de leur joie. Je sais que c'est à cause de nous. C'est notre quotidien depuis plusieurs mois, les personnes sont heureuses pour elles mais gênées pour nous... Ils veulent se montrer délicat, je les remercie du fond du cœur pour ça.

Le lundi matin est arrivé. Nous sommes le 08 octobre 2018. Il est temps d'aller à la clinique. Mon mari part avant moi. Il a rendez-vous à 08h00. Je pars un peu plus tard. Une fois arrivée, même procédé que la fois dernière : enregistrement du dossier, attente devant la pièce (chaise, fenêtre, assise, débout). Je ne tiens pas en place. L'infirmière arrive à ma rencontre et m'installe enfin. Je vérifie le nom sur la pipette de recueil. Pas de problème, c'est bien nos zozos là-dedans. Je me déshabille et m'installe sur le lit avec mon ami le drap sur mes jambes. La Docteure arrive. Elle prépare la pipette et c'est parti. "Le recueil de Monsieur est excellent" (ouai il l'était la fois dernière aussi !). Note à moi-même, cette fois-ci, j'ai anticipé, et j'ai mon téléphone portable prêt de moi. La Docteure m'informe la manipulation est terminée, et qu'il faut que je reste allongée un moment (téléphone portable pour compter les minutes merciiii). Contre toute attente, elle ajoute avant de partir : "J'espère de tout cœur pour vous que ça fonctionnera". Je reste bouche bée. J'arrive à la remercier tout de même. Et elle sort de la pièce. J'envoie dans la foulée un sms à mon mari : "En direct de l'insémination, les zozos sont dans la place, mdr" et "Et la Docteure est de tout cœur avec nous lol". Les 15 minutes sont terminées. Je me rhabille doucement ; je garde mon périnée le plus contracté possible, pour n'en perdre aucune miette. 

Nous reprenons notre vie, encore une fois. Je dois faire ma prise de sang de contrôle d'hormones de grossesse deux semaines après l'insémination, soit le lundi 22 octobre. Je n'ai naturellement aucun symptôme de grossesse, rien à l'horizon. Cette attente des deux semaines est insoutenable. Attendre est une torture. Peu importe le résultat, je veux juste savoir et passer à autre chose. Depuis le début de mes essais bébé, tous les mois, c'est une horreur d'attendre mes règles. Ce moment entre l'ovulation et l'arrivée des règles. Ce moment où même si tu n'as aucun espoir, et bah tu en as un quand même, un tout petit petit mais un quand même. Je ne supporte plus cette attente. Je ne pense qu'à ça, jour et nuit. C'est une obsession et ça me fatigue au plus haut point. Je suis à l'affût du moindre signe annonciateur de l'arrivée de mes règles. Je me prépare, une nouvelle fois, à la déception. Elle et moi sommes devenues de grandes amies. Je me blinde un maximum. Mais mon mari ne m'aide pas. Il est persuadé que ça a fonctionné. Mais quelle mouche l'a piqué pour penser ça ?

Une fois n'est plus coutume, je n'attends pas ma prise de sang du lundi pour connaitre le résultat. J'achète une boite de 2 tests de grossesse. Et dès le vendredi matin, avec mes premières urines, je fais le premier test de la boite. Je suis seule à la maison, mon mari est déjà parti travaillé. Je me lève et direction la salle de bain. Je connais le mode d'emploi par cœur, pas besoin de relire la notice. Je fais mon pipi sur la bandelette, remet le capuchon dessus et j'attends les 5 minutes réglementaires... Je prépare mes vêtements en attendant, avant d'aller sous la douche. Mais avant je vérifie le test, par acquis de conscience... Deux barres sont clairement visibles dans la fenêtre. La première qui certifie que le test a été bien fait, et la deuxième... pour indiquer que l'hormone de grossesse est dans les urines. Dans mes urines. Dans mon corps... Quoi ??? Mais non ! Je suis enceinte là ? Je tremble comme une feuille. Je reste là, debout, avec ce test dans les mains. Et je prends conscience en pleine face de ce qu'il est en train de m'arriver. Je suis enceinte, bordel de shit merde !



13 : Et le miracle fut...

Je n'en reviens pas. Le test est positif. Mais genre vraiment positif quoi. Je reste là un moment, à le regarder sous toutes les coutures. Merde il y a deux barres. Deux barres !!! L'excitation et l'émotion me gagnent, et je fonds en larmes. Pour la première fois depuis longtemps ce sont des larmes de bonheur. Ça fait du bien, tellement de bien. Je réussi à reprendre mes esprits et termine de me préparer avant d'aller travailler. Honnêtement, j'ai envie de prendre un mégaphone et de crier au monde entier que je suis enceinte. 

Mais voilà, chat échaudé craint l'eau froide, et mes vieux démons remontent à la surface. Je suis enceinte, je pense que le risque d'erreur, au vu du test, n'est pas permis dans ce cas là, mais je commence à avoir peur aussi. Je ne dois pas trop m'emballer. Le risque de fausse couche est toujours présent, et cette idée ne me quitte pas malgré mon engouement. Pour me rassurer, je pense faire le deuxième test de la boite, le samedi matin pour être sûre, et même, je pense en acheter un troisième à faire dimanche matin, genre pour vraiment être sûre (psychopathe des tests bonjour). Je dois faire ma prise de sang au labo de la clinique le lundi matin, c'est elle qui me donnera vraiment le feu vert pour sauter au plafond. En fonction du taux d'hormones béta HCG, je pourrai enfin me réjouir... ou pas.

Ma journée au travail se passe bien, mais j'ai la tête ailleurs naturellement. J'ai hâte d'être à lundi matin, je serai fixée pour de bon. Le soir venu, mon mari rentre du travail. Je ne sais pas comment lui dire mais je n'ai pas eu à le faire ; il me devance. "Alors t'es enceinte ?" Le ton sur lequel il me pose cette question est ironique ; il ne s'attendait pas à ma réponse. Je lui montre le test de grossesse. Il enchaine "et bah putain, enfin une super nouvelle, tu vois je te l'avais dit que ça fonctionnerait". Je lui réponds qu'il doit avoir des supers pouvoirs ou des dons de divination. Pragmatique comme toujours, avant de s'emballer, il préfère attendre lundi et ma prise de sang pour être fixé. Il a tout à fait raison.

Le samedi matin, débout à la première heure, je fais mon second test de grossesse. Il est positif également. Deux belles barres pour commencer la journée. J'adore. Mais je n'en ai pas assez. L'après-midi même, je fonce à la pharmacie et j'achète un test Clearblue digital ; celui où le nombre de semaines de grossesse est écrit directement dans l'écran de contrôle. Je le fais le dimanche matin avec les premières urines : le message suivant apparait : enceinte 1-2 semaines. Bon bah là ça sent vraiment très très bon. Le terme est exact. Grâce à l'insémination artificielle, je suis certaine d'être tombée enceinte le 8 octobre. Tout correspond. Putain on y est vraiment. Vivement la prise de sang, vivement vivement.

Je montre le Clearblue à mon mari dès son réveil... enfin dès son réveil : je saute sur le lit à 7h00 en le réveillant à coups de "Je suis enceinte, je suis enceinte". Il a pas super apprécié le réveil (lol), mais il est content quand même. Il me redit encore d'attendre la prise de sang, mais je vois bien le sourire sur ses lèvres. Il se contient, plus que moi, mais il a bien conscience que cette fois, c'est la bonne. Nous y sommes arrivés.

Lundi matin. Enfin ! C'est la première fois que j'avais autant hâte que le week-end se termine. Je ne travaille pas ce lundi. J'avais anticipé et posé un jour de congé, en me disant que si la prise de sang est négative encore une fois, je pourrai me mettre en PLS dans mon canapé et pleurer toute la journée tranquillement. Je me lève et me prépare de bonne heure et je fonce au laboratoire. Je donne mon bras plus que volontiers à la piqueuse. Elle aurait pu me piquer 500 fois, ça m'était complétement égal. Prenez tout le sang que vous voulez, je m'en fiche royal. "Les résultats seront disponibles dans la matinée Madame". Surexcitée, je ne tiens pas en place ce matin là. Comme la fois dernière, je me connecte de la maison, sur le site internet du laboratoire, avec mes identifiants. En fin de matinée, le document est disponible. Roulement de tambours. Je me fais un petit suspense, pour le plaisir, je n'ouvre pas directement le document. Je me pose avant et me remémore le jour de ma fausse couche : mon taux était à 18. Cette fois, aller, si je suis aux alentours de 100, je serai rassurée. J'ouvre le document... putain de merde, mon taux est de presque 300 ! Cette fois, je peux laisser éclater ma joie. Je suis vraiment enceinte, et vu le résultat de la prise de sang, c'est très bien parti. Je n'en reviens pas. Un petit embryon s'est niché au fond de moi, et je l'aime déjà d'amour. J'envoie un sms à mon mari pour lui dire que la prise de sang a bien confirmé ma grossesse ; je l'appelle papa par texto. Il me répondra, quelques instants plus tard d'un simple et génial :"Youhouuuuu". Vivement ce soir qu'il rentre pour qu'on savoure enfin notre bonheur. Je touche mon ventre et me mets à lui parler  : "Bonjour toi, bienvenue à la maison". Mon cœur explose. Tous ces mois de torture sont oubliés, seul le présent compte. Et le présent, c'est toi mon bébé. Maman fera tout pour que tu grandisses en toute sécurité, je te le promets.

J'appelle dans la foulée la PMA. L'Assistante au téléphone me dit :"Oh oui, là Madame, vous êtes enceinte. C'est super". Mais ça ne s'arrête pas là. La PMA ne te lâche pas comme ça. Je dois faire une seconde prise de sang de contrôle dans les 48h00  qui suivent la première, afin de voir si le taux d'hormones à doubler (il doit doubler toutes les 48h00/72h00 en début de grossesse), et encore une troisième prise de sang 48h00 après. Mince je vais vraiment prendre goût aux prises de sang moi si ça continue comme ça.

Étant donné que j'avais posé ma journée de congé, mon après midi était déjà prévu. Je passais voir mes deux meilleures amies qui sont toujours en repos le lundi. Initialement, je m'étais dit qu'avec la déception des résultats, rien de mieux qu'un moment entre filles pour me changer les idées. Mince, je n'avais pas un seul instant imaginé le cas inverse. Je ne peux pas leur dire, c'est bien trop tôt. En même temps comment je vais me débrouiller pour tenir ma langue... Elles me connaissent par cœur, elles vont me griller c'est sûr. Je me rassure en me disant que tant que le sujet n'est pas abordé, je suis tranquille. Je n'aurai pas à leur mentir. A peine arrivée, elles me proposent un thé et on s'installe toutes les trois dans le canapé. Et là, je n'ai même pas le temps de m'installer, que le sujet arrive en force : "Alors, Alex c'était pas aujourd'hui que tu faisais une prise de sang pour l'insémination ?" Ouuuuups. Je bafouille et leur demande pourquoi elles me posent la question ? Tout en sachant que je perds instantanément toute crédibilité. Et là ma deuxième amie m'annonce : "Parce que je suis enceinte... et que j'ai peur de ta réaction, je ne veux pas que tu sois triste". Bon bah là plus choix, je leur dis : "Je suis enceinte aussi !" Explosion de joie, pleurs à gogo. Ma meilleure amie est enceinte en même temps que moi. Si on avait voulu le faire, on aurait jamais réussi. La vie est complétement folle parfois. On se rend compte, en calculant, que nous avons 3 semaines d'écart environ. Elle a trois de semaines de grossesse de plus que moi. Truc de dingue. Je suis tellement heureuse pour elle, et nous allons vivre nos grossesses en simultané, c'est génial. Et nos enfants grandiront ensemble. Que d'émotion, que d'émotion. L'après-midi se passe sous le thème de la grossesse, de la maternité, des rendez-vous qui nous attendent, et des évolutions que nos corps vont connaitre dans les prochains mois.

Le soir venu, c'est un mari heureux qui rentre à la maison. La prise de sang ayant confirmé ma grossesse, nous commençons à prendre conscience de ce qui nous arrive. Notre petit bébé est niché dans mon ventre, c'est une sensation étrange. Physiquement, je ne ressens rien. Aucuns maux. Je suis en pleine forme. Bon en même temps cela ne fait que deux semaines hein. Les maux, s'ils doivent arriver, arriverons plus tard je pense. Moralement, j'ai l'impression de planer. C'est dingue, mais je me sens déjà différente. Mon corps abrite enfin mon bébé. Je suis heureuse putain, ça fait tellement du bien.

Je reste tout de même focalisée sur mes deux prochaines prises de sang. Elles seront décisives sur l'évolution de ma grossesse ; en voyant les taux augmenter, je serai sûre que mon bébé évolue comme il faut. Je croise les doigts puissance 20 milles.

Les 48h00 sont déjà passées. Nous sommes mercredi matin, et avant d'aller travailler, je fais un décroché par le laboratoire. J'arrive de très bonne heure, et je suis prise en charge rapidement. Super. Une fois la prise de sang faite, je repars au travail sans être en retard. Parfait. Je trépigne d'impatience toute la matinée. Faites que le taux est augmenté... Le résultat ne tarde pas à tomber : il est de 700. Putain !!! Il a plus que doublé. C'est trop génial. Tout roule comme il faut. Mon sourire ne se décroche pas de mes lèvres. J'appelle la PMA. L'Assistante est très encourageante au téléphone "Ce sont de très bons taux que vous avez Madame, c'est un excellent début. Vous faites la dernière prise de sang dans 48h00 et à la suite je vous donnerai un rendez-vous pour une échographie de datation à faire à la clinique. Ensuite, une fois l'échographie faites, vous rencontrerez une dernière fois la Docteure en PMA pour faire un point sur votre début de grossesse et après vous êtes débarrassée de la PMA. Vous pourrez vous inscrire dans la maternité de votre choix". M'inscrire à la maternité ? Oh my god ! La claque que je me prends. Tout devient concret en l'espace de quelques jours. J'en reste scotchée.

Le vendredi matin, je vais au laboratoire pour ma dernière prise de sang. Dans la matinée, j'ai les résultats : mon taux est de 1800. Encore plus que doublé. Je suis sur mon nuage, et je pense ne jamais en redescendre. Du bonheur directement en intra veineuse. Je suis shootée aux hormones du bonheur. Nous allons enfin pouvoir nous projeter avec mon mari. Préparer nos annonces pour nos familles respectives et regarder nos premiers achats. Oui je sais, on s'emballe vite. Les trois mois ne sont pas passés, mais qu'importe, on veut savourer absolument tout ce qui nous arrive, et hors de question d'attendre encore une seconde de plus. Je suis enceinte, nous allons avoir un bébé, c'est tout ce qui compte. Je refuse de me laisser parasiter par des peurs, j'ai fini d'avoir peur. Maintenant je relève la tête et je profite du bonheur qu'est le notre. On l'a bien mérité putain.

14 : ... de courte durée

Mes premières semaines de grossesse se passent à merveille. Je me sens vraiment au top de ma forme. Les maux n'apparaissent pas. Aucune nausée, pas de douleur quelconque, je dors comme un bébé : sereine. Mon bedon ne se voit pas encore, à mon grand désarrois. Il finira pas pousser c'est sûr, il faut que je patiente encore. Mais j'ai tellement hâte d'arborer mon beau ventre bien rond. Je sais que je serai fière.

Nous n'avons pas attendu la fin des trois premiers mois pour l'annoncer à nos familles. Nous étions bien trop excités. Et eux, ils ont vécu nos essais avec nous, ils méritaient de savoir la merveilleuse nouvelle rapidement. De toute manière, j'aurai été grillée rapidement. Alex qui ne prend plus de verre d'alcool à l'apéritif, juste impossible. Début novembre 2018, toute notre famille était au courant. Naturellement, ce sont des explosions de joie qui ont accompagné nos annonces. Tout le monde est heureux pour nous et nous sommes heureux qu'ils soient heureux (oui j'avoue, on dirait une secte du bonheur). Mais qu'importe. Tout va bien, c'est merveilleux. Mon échographie de datation est fixée au 14 novembre. Nous allons rencontrer notre petit bébé pour la première fois. J'espère qu'on va entendre son cœur battre. J'ai tellement hâte de te voir mon petit haricot et de savoir que tu vas bien surtout.

Lundi 12 novembre 2018 : Nous avons posé un jour de congé, mon mari et moi. Histoire de se remettre d'un week-end bien chargé. Il est tôt et nous dormons encore. Tout d'un coup, je suis réveillée. Une violente douleur me foudroie. Elle est située dans mon bas ventre... Elle est vraiment très très violente. Je me tords de douleur. De longue minutes passent, mais la douleur ne s'en va pas. Putain mais qu'est ce qu'il m'arrive encore ? Je pense immédiatement à un début de fausse couche... Je me mets à pleurer, j'ai tellement mal. La douleur irradie dans mon bas ventre, mes lombaires et remontent jusqu'à mes côtes. J'ai même du mal à respirer. J'essaie de prendre de grandes inspirations pour me calmer et pour que la douleur passe. Mais elle ne passe pas. Je décide de me lever pour aller aux toilettes. Si je vois du sang en m'essuyant, j'aurai la certitude que je suis en train de perdre mon bébé. Je me lève, tant bien que mal. J'arrive sur les WC, je fais pipi et m'essuie. Rien, pas de sang (ouf). Mais la douleur est toujours là, elle devient de plus en plus forte, une horreur. Je crie. Je suis encore assise sur mes toilettes quand je sens le malaise arriver. Ma tête tourne et je commence à voir flou. Je tire la chasse d'eau et décide de retourner au lit. Mais je n'arrive pas jusqu'à ma chambre, je m'écroule littéralement, de tout mon poids, devant la porte. Le bruit de ma chute réveille mon mari, il arrive à mes côtés : "Alex, putain mais qu'est ce qu'il se passe ?". Je l'entends, mais ne lui réponds pas. Je suis dans le gaz, complétement inerte. Je le sens me soulever et me déposer dans le lit. Je reprends petit à petit mes esprits. "J'ai mal chou, j'ai mal au ventre" Je hurle presque en lui disant ces mots. Il me dit de me calmer. Il me recouvre avec la couette et me dis de me rendormir, peut être que la douleur passera en me reposant. Je m'endors d'épuisement...

Vers 09h00, je me réveille. La douleur est toujours présente mais elle s'est bien atténuée. Je réveille mon mari :" Il faut aller aux urgences maternité, on doit m'examiner. Ce n'est pas normal d'avoir eu une douleur comme ça. J'ai eu malaise. Il faut aller voir si tout va bien". Il se lève d'un bon en grognant : "Putain et c'est reparti, les merdes reviennent". On sait tous les deux que la fausse couche me pointe au nez. Nous partons rapidement après avoir avaler un petit déjeuner sur le pouce. Dans la voiture, on ne dit rien. L'angoisse nous gagne. Ces semaines de bonheur risquent de s'arrêter brutalement. Je ne le supporterais pas. Je ne préfère pas trop y penser. J'attends d'avoir été examinée avant.

Nous arrivons aux urgences de la maternité (celle où je pensais m'inscrire pour mon accouchement). J'explique à la dame de l'accueil ce qu'il m'arrive : enceinte d'un peu plus de 5 semaines (7 semaines aménorrhées) , douleurs au ventre suivies d'un malaise. Nous patientons dans la salle d'attente. Une infirmière arrive rapidement pour me prendre un charge ; elle me demandera de faire un recueil d'urine et me prendra ma tension. Les résultats sont bons. Puis nous retournons dans la première salle pour attendre que l'obstétricien de garde vienne nous chercher. Nous attendons au moins deux bonnes heures. Et je commence à me culpabiliser. Plus le temps passe et moins ma douleur est présente. Ils ne vont rien trouver de bizarre et on va avoir monopoliser une prise en charge en urgence pour rien. En même temps, je suis contente de ne plus avoir mal. Ce n'était sûrement rien de grave. Tant mieux.

Une Docteure vient à notre rencontre. Elle nous emmène dans une pièce avec un bureau et tout le nécessaire pour une échographie. Elle se présente comme étant interne. Je lui explique la raison de notre venue. Je commence même à m'excuser, car je n'ai plus de douleur, et je regrette d'avoir engorger les urgences pour si peu. Elle me répond que j'ai bien fait de venir, toute douleur en début de grossesse ne doit pas être prise à la légère. Elle me demande de me déshabiller pour pratiquer une échographie pelvienne ; au vu de mon terme, l'échographie classique ne serait pas assez efficace. L'examen commence. " Bon déjà Madame, il n'y a aucun saignements au niveau du col, c'est un bon début". Je souffle, stressée comme jamais. " Alors, voyons votre utérus". Un sac noir apparait à l'écran... mon utérus. Mais il est vide, je ne vois rien dedans... Mon cœur s'arrête pendant un quart de seconde. L'interne tourne la sonde, et là, tout d'un coup un petit truc blanc apparait à l'écran. Elle enchaine "Donc il y a bien un embryon. Il est seul. Pas de grossesse multiples. Je vais prendre les mesures... Tout est Ok, cela correspond à votre terme". Je commence à me détendre, je regarde (et mon mari aussi) cet espèce de petit haricot à l'écran... c'est notre bébé. "On va écouter le cœur Madame". Je retiens ma respiration. Elle appuie sur une touche de son moniteur, et le plus merveilleux son du monde me parvient aux oreilles. Un toudoum toudoum toudoum toudoum très régulier. Ce son retentit au plus profond de mon corps et de mon cœur ; l'émotion me gagne. Je fonds en larmes, rejoins très rapidement par celles de mon mari qui me prend la main et la serre fort comme pour me dire : "Il est là notre petit ange, il va bien". L'interne effectue les dernières vérifications et retire la sonde vaginale. Elle me propose de rester sur la table. Tout est OK pour elle, mais elle souhaite que je sois examinée par l'obstétricienne titulaire de garde, pour être bien sûre que tout aille bien. Bon bah d'accord. Elle me pose un drap pour protéger mon intimité. Nous n'avons pas eu à attendre très longtemps, l'obstétricienne arrive rapidement. Elle n'a pas l'air aimable... Comme son interne, elle m'examine en long, en large et en travers. Elle ne détecte rien d'anormal. Mon embryon est bien implanté, et sa taille correspond à son terme. Elle me demande de me rhabiller et nous invite à nous assoir au bureau, afin qu'elle nous donne le compte-rendu de prise en charge. Nous allons repartir avec une photo de notre bébé, super. Je commence à expliquer devant les deux docteures, que nous avons eu un parcours difficile avec mon mari pour avoir notre bébé, et que de ce fait, nous sommes certainement un peu inquiet plus rapidement que les autres couples. Qu'est ce que j'ai pas dit là ! Je me fais rembarer en beauté par la titulaire : "Mais Madame vous savez, un parcours de PMA ne donne aucun droit particulier, maintenant que vous êtes enceinte, vous êtes placée au même titre que toutes les femmes !" Boum, prends toi ça en pleine tête Alex. Je scrute mon mari du coin de l’œil, il a envie de lui sauter à la gorge. J'empoigne son genou, l'air de dire : "Calmes-toi t’inquiètes pas". Elle nous remet le compte-rendu et sort de la pièce. L'interne, encore à nos côtés, semble gênée... Nous sortons à notre tour. Sur le parking, en direction de notre voiture, je lâche un : "Mais quelle grosse conne !" Mon mari pense bien la même chose et on fulmine tous les deux. En arrivant à la voiture, je lui dis : "Aller, on s'en fou, je vais bien et bébé va bien également". Et nous rentrons à la maison.

Ma douleur est définitivement de l'histoire ancienne. Je me suis reposée tout le lundi après-midi et le mardi je pétais le feu à nouveau. 

Le mercredi, jour de mon écho de datation, est arrivé. Nous avions, mon mari et moi, rendez-vous de bonne heure à la clinique, avec une sage-femme échographe. Nous y allons le cœur plus léger, car nous avons déjà vu notre bébé et nous savons qu'il va bien. Mais bon, on est pas contre l'idée de le voir à nouveau à l'échographie. Il n'y a pas d'attente avant le rendez-vous et nous sommes pris en charge par une femme d'âge mûre.  J'ai avec moi, mes dernières prises de sang et autres examens, dont celui des urgences du lundi. Je lui explique le parcours PMA et ma douleur de l'avant veille. "On va regarder ça Madame, mais vous savez, en début de grossesse, beaucoup de femme ont des douleurs dites gastriques, ça peut faire très mal". Nous commençons l'examen, et je revois mon petit haricot à l'examen. La sage-femme prend les mesures nécessaires et nous explique tout en même temps. Elle précise que pour le moment, cela ne ressemble pas à un bébé mais bien à un petit haricot. Elle ajoute que pour ma prochaine et première échographie officielle de grossesse (vers 12 semaines aménorrhées), nous verrons cette fois-ci, un vrai mini bébé. J'ai trop hâte. Nous entendons son petit cœur battre à nouveau : je ne m'en lacerais jamais. Elle nous autorise à enregistrer le son de son cœur comme souvenir. Bip bip ; mon mari dégaine son portable en deux deux. Puis elle s'attarde sur mon utérus. Elle me dit qu'elle ne trouve rien d'anormal : taille de l'utérus OK, taille du sac gestationnel OK etc. Elle me précisera tout de même que j'ai un petit hématome à l'intérieur, mais que ce n'est rien, que cela arrive souvent avec une stimulation ovarienne. "Il risque de s'évacuer tout seul dans les prochains jours Madame, vous allez peut-être saigner un peu, du sang foncé, il ne faudra pas vous inquiéter, ce sera l'hématome qui part". Bon bah OK, si je saigne, je ne panique pas, c'est noté. L'examen est déjà terminé, j'aurai voulu passer la journée à le regarder mais pas le choix, il faut aller bosser. La sage-femme imprime un livret avec son compte-rendu, et des photos de bébé. Elle nous donne ensuite le rendez-vous pour mon écho du premier trimestre. Fixé à mi-décembre... Que ça va être long d'attendre encore un mois pour te revoir...

La semaine touche à sa fin sans souci. Je ne saigne pas et tant mieux. Ma journée de travail du vendredi est terminée, et je décide d'aller prendre un café chez ma maman avant de rentrer (elle habite sur ma route du retour). Une fois arrivée, elle me demande comment je vais et si mes douleurs sont revenues : "Non non tout est OK, je pète la forme". Elle est soulagée. Elle me sert mon café et nous allons nous installer dans son canapé. Je ne suis pas assise depuis deux minutes, qu'une gène apparait dans mon bas. Je change plusieurs fois de position, espérant être plus confortable. Mais la gène persiste et se transforme gentiment en douleur ; THE douleur. Celle de lundi. Oh non non non non. "Ça va chouchou ?" Je lui réponds que non, que j'ai mal tout d'un coup, mais genre vraiment mal quoi. Je me lève pour aller aux toilettes, et comme la fois dernière, la douleur est trop vive, je fais un malaise sur les chiottes. J'arrive à appeler au secours ma mère "Maman ! Maman !" Elle arrive en courant. "Je fais un malaise, aides-moi à me relever". Elle me soutien par le buste et me traine tant bien que mal sur le canapé. Je me mets à hurler de douleur : "Maman, j'ai mal, j'ai mal, fais quelque chose". Je vois la panique dans ses yeux. "J'appelle les secours". J'enchaine "Non, pas la peine, ces des douleurs gastriques, ça va passer". Elle me surélève les jambes et court me faire chauffer une espèce de bouillotte. Elle me la posera sur le ventre quelques instants plus tard. Je me tords de douleur, ça fait tellement mal putain. Je fonds en larmes : "Je veux pas perdre mon bébé maman". Elle essaie de me rassurer, complétement désemparée la pauvre. "Tu veux un médicament pour la douleur ?" Mais je suis enceinte, et mise à part du paracétamol et spasfon, je suis limitée. Manque de chance, elle n'a ni l'un ni l'autre. Elle me recouvre d'une couverture parce que je grelotte puis décide d'appeler mon mari à l'aide. Je l'entends au loin discuter avec lui, mais je suis dans le gaz, à morphe à cause de la douleur. J'entends :"Oui elle a super mal... non elle veut pas que je les appelle... Oui oui paracétamol et spasfon aussi... d'accord à tout de suite..." Elle revient vers moi. Mon mari arrive, il passe à la pharmacie avant pour trouver de quoi me soulager. "Comment ça va ?" me demande-t-elle inquiète. "Ça va... ça va." Ma réponse est essoufflée, à peine audible. J'ai les yeux fermés, je ne peux même plus bouger, même ma respiration me fait mal. "Essais de dormir ma chouchou, ça va aller". Je ne dors pas, la douleur est toujours là. Tant que je reste immobile, ça va, mais le moindre mouvement et hop, elle se réveille en force. Je n'ai aucune notion du temps qui s'est écoulé. Mon mari est arrivé à mon chevet et ma mère m'apporte un doliprane paracétamol et deux spasfon avec un verre d'eau. Je prends les médicaments sans broncher et me rallonge aussi sec. Et je sombre à nouveau dans ma léthargie. Je me réveille soudain, sur lit de ma maman. Merde, comment je suis arrivée là ? J'arrive à me lever, la douleur est toujours là mais nettement diminuer (ouf merci les médocs). J'arrive dans la salle à manger où je retrouve ma mère et mon mari ensemble. Il se précipite vers moi "Doucement, doucement, viens t’assoir, comment tu te sens ?". Je lui réponds : "Mieux, j'ai toujours mal mais c'est supportable". Il est déjà tard, et ma mère nous garde à manger chez elle. Plus le temps passe et mieux je me sens. Mes mouvements sont encore douloureux mais rien comparé à la crise de la fin de journée. Nous rentrons ensuite à la maison, direction le lit sans passer par la case départ. Cette seconde crise m'a épuisé. Je suis sur les rotules. Dans le lit, mon mari me demande d'appeler, dès le lendemain matin, mon médecin traitant, pour être examinée encore une fois. Il ne veut pas que je reste comme ça.

Je dors très mal cette nuit. La douleur est toujours là, et chaque changement de position me fait souffrir le martyr. Alors c'est ça le début de grossesse ? C'est censé être si douloureux ? Des douleurs gastriques.. je veux bien mais quand même. J'en fait des malaises vagaux, c'est impressionnant. Je ne comprends vraiment rien à ce qu'il m'arrive. Mais bon, si mon bébé va bien c'est le principal et tanpis pour moi. Je peux serrer les dents et je suis sûre que tout rentrera dans l'ordre rapidement...

Le samedi, dès 09h, j'appelle le cabinet médical. J'ai rendez-vous à 11h. Parfait. Nous arrivons chez mon médecin, et je lui explique la raison de ma venue. Il n'a pas de matériel d'obstétrique et ne peut donc pas m'ausculter. Il suit l'avis de ses deux consœurs : " Vous êtes certainement constipée. Cela arrive souvent en début de grossesse. Tout le corps est mis à rude épreuve sous le coup des hormones. Ça peut être très douloureux". Il me prescrit des suppositoires de glycérines, me conseille de manger des pruneaux, de boire de l'hépar et en cas de nouvelle crise, je peux prendre du tramadol. J'hésite sur le tramadol. C'est très puissant et vivement déconseillé pendant la grossesse. La pharmacienne à côté du cabinet me le déconseillera également : "Madame, dans la mesure du possible, prenez du paracétamol, mais le tramadol... vraiment un demi comprimé si fortes douleurs... mais bon évitez tout de même". Me voilà bien aidée avec tout ça...

Sur la route du retour à la maison, on fait un décroché par la supérette : jus de pruneaux, pruneaux d'agens et hépar sont devenus mes meilleurs amis à partir de maintenant. Une bonne cure et tout ira bien.

Nous arrivons à la maison. J'ai encore mon manteau et mes chaussures aux pieds. Je vais déposer mon sac de pharmacie sur le comptoir de la cuisine. Je me retourne vers l'entrée. Je sens comme un crac dans mon ventre, suivi d'une douleur, la plus violente de toute ma vie. Je n'ai pas le temps de dire ouf, que je m’effondre de tout mon poids par terre...

15. Il n’y a vraiment qu'à moi qu'il arrive des merdes pareilles

Je ne me suis pas évanouie longtemps. Je reprends mes esprits, petit à petit. Mon mari est à mes côtés par terre. " Viens je vais t'installer sur le canapé ". Je lui réponds d'attendre, j'ai chaud, beaucoup trop chaud. Nous sommes mi novembre, il fait un froid de canard dehors, et me voilà par terre, à me déshabiller complétement, pour finir en culotte et débardeur. Je suis trempée de sueur. Je dégouline littéralement. Mon mari me traine jusqu'au canapé et m'allonge. Le cuir me fait du bien, il est frais. " Tu veux mettre un suppositoire ? ça pourrait te soulager rapidement ". Mais je suis incapable de le mettre. Je me sens brisée. Tout mon corps me fait souffrir. Je ne peux plus parler. Je suis ailleurs. Il revient avec un petit tabouret pour mettre mes jambes surélevées dessus. Je hurle de douleur. "Arrêtes ! je t'en prie arrêtes, ça fait trop mal". Il est assis à côté de moi, ne sachant plus quoi faire. " Bon, on attend que la douleur passe et après tu mets un suppositoire !". Je hoche la tête... Incapable de protester.

La douleur ne passe pas, et même allongée, je fais des micros malaises. Je les sens arriver à chaque fois. Ma tension doit être mauvaise. Je prends soudain clairement conscience, que mes douleurs ne sont pas gastriques. Ce qu'il est en train de m'arriver n'est pas normal. Mon bébé et moi sommes en danger, je le sens au plus profond de moi. J'arrive à articuler à mon mari : " Appelles les secours, maintenant !" Il hésite : " Mais non, les docs ont dit que c'était gastrique, ça va passer non ?". Je hurle " Appelles à l'aide, je suis entrain de mourir..." Il prend son téléphone et compose le 15, je l'entends, malgré mes yeux fermés et mon souffle court : " 30 ans... enceinte... 1 mois et demi en gros... oui deux fois mais ils n'ont rien trouvé... elle souffre vraiment... plusieurs malaises ". Mon mari raccroche. " Les pompiers arrivent !"

45 minutes plus tard, ce ne sont pas les pompiers mais une ambulance qui arrive chez moi. Deux hommes sont là. Des ambulanciers sûrement. Je n'ai absolument pas bouger d'un millimètre depuis l'appel au secours. Mon mari m'a juste déposé un plaid sur le corps. J'ai chaud et j'ai froid en même (pas simple celle là !). Un des ambulanciers vient à mes côtés : "Bah alors Madame, qu'est ce qu'il vous arrive ?" Je l'entends, mais impossible de répondre. J'en suis incapable. "Madame ? Madame ?" Il se tourne vers mon mari : " Elle est comme ça depuis longtemps ?" Il répond : " Une heure environ". L'ambulancier revient à moi : " Vous m'entendez Madame ?" J'arrive à hocher la tête. Il vient pour prendre ma tension : elle est à 9 tout juste. Je suis, d'habitude, aux alentours de 13. Il essai de me faire réagir, sans succès. Le deuxième ambulancier, suite à la demande du premier, passe un coup de fil : " Jeune femme enceinte, consciente mais ne répond pas, tension très basse... d'accord... Ok... oui OK". Il demande à mon mari : " Elle est inscrite dans quelle maternité ? Mais, au vu de mon terme, je ne suis inscrite dans aucune maternité. L'ambulancier, en accord avec mon mari, décide de m'emmener à la clinique où j'ai fait ma PMA, étant donné qu'il y a une maternité là bas. Mon dossier médical est déjà sur place.

C'est parti, on part. Mon mari est parti me chercher un jogging et un pull, il m'habille tant bien que mal. Il récupère mon sac à main et une paire de baskets. Les ambulanciers reviennent avec un brancard. Ils me demandent d'essayer de m'installer dessus. Je commence à relever le buste et me mets à hurler de douleur. Je ne peux pas, je ne peux pas bouger putain. Ils s'y mettent à deux en me déposant les bras sur la poitrine : un au niveau de mes épaules et l'autre à mes jambes. Ils me hissent sur le brancard et je gémis de douleur. Un malaise arrive, et je sombre à nouveau. Je reprends conscience, au moment de partir de la maison. Je suis dans l'ambulance, mon mari est à côté de moi ainsi qu'un des ambulanciers. Il me dit : "Madame, vous restez éveillée surtout, je vais vous parler et vous devez me répondre, sinon je serai obligé de vous secouer. Il faut que vous restiez consciente". Il abandonnera cette idée rapidement ; je reste inerte, sentant uniquement les secousses de l'ambulance qui roule et qui me font souffrir. Cette souffrance me permet au moins de rester là, présente, même si je suis incapable de communiquer. J'arrive néanmoins à hocher la tête, lorsque l'ambulancier me demandera " Madame, vous êtes toujours avec nous ?"

Pendant le trajet, je ne pense à rien. Ma douleur a pris le dessus. Plus rien n'existe autour de moi. Je n'ai pas peur de la suite, je n'envisage même pas la suite. Je suis enfermée en moi-même. Ma douleur est trop forte, elle m'a vaincu. Je dépose les armes et me laisse aller.


Nous arrivons à la clinique. Je n'ai aucun souvenir de mon arrivée et de ma prise en charge en urgences obstétriques. Mon premier souvenir : je suis installée sur un lit d'examen, mon mari toujours à mes côtés. Ce que je pense être une infirmière, procède aux premiers examens de contrôle. J'ai une prise de sang dans la foulée. L'infirmière nous explique (enfin plus à mon mari qu'à moi qui suis inerte sur le lit), que l'obstétricien de garde arrivera pour m'ausculter dès qu'il aura terminé en salle de travail. Nous n'avons plus qu'à attendre patiemment notre tour.

Je suis hyper mal installée sur ce lit. J'ai l'impression qu'il n'y a aucun matelas et que je suis posée à même l'armature. J'ai mal au dos, mes fesses sont engourdies. Je n'arrive pas à bouger pour essayer de me caler plus confortablement. Une vraie loque. Je ne sais pas combien de temps nous avons patienté comme cela, mais à un moment je dis à mon mari que je suis trop mal installée, qu'il faut me mettre sur un vrai lit. Il appelle à l'aide. Je l'entends discuter derrière moi. L'infirmière est à mes côtés : "Madame, on va vous mettre dans une chambre, sur un lit, vous serez mieux, je vous ramène une chaise pour vous transporter". Elle revient avec la chaise roulante : "Allez Madame, un petit effort pour vous hisser sur le siège". Je me fais violence. J'ai juste à me lever et m'installer sur le fauteuil... J'ai légèrement surestimé mes capacités physiques, en essayant de me lever, je m'écroule de tout mon poids. Mon mari vient à mon aide, accompagné de l'infirmière. Ceux eux deux qui me hisseront sur le fauteuil. Je roule jusqu'à ma chambre, les yeux fermés, entendant beaucoup d'agitation autour de moi, mais sans pouvoir réagir à quoique ce soit. Une nouvelle fois, ils m'aident à m'installer sur le lit ; j'ai l'impression de peser 150 kilos. Et là, bonheur : un lit, un vrai. Bon ça reste un lit d'hôpital mais enfin du confort pour mon petit corps meurtri. J'arrive, en gémissant, à m'installer en position foetale, les genoux remontés vers ma poitrine. Cette position me fait un bien fou. Mes douleurs s'estompent un peu, je reprends conscience. Je dis à mon mari : "Chou, j'ai froid". Il m'installe mon plaid sur le corps. C'est le plaid de la maison. Il est douillé à souhait, et il sent bon. Il sent chez nous, nos odeurs. C'est dingue, mais ce plaid posé sur mon corps, je le renifle. Cela m'apaise, me réconforte. Je me sens chez moi, et j'arrive à me reposer un peu, sans vraiment dormir, mais je sens que je récupère.

Mon repos fût de courte durée. Toujours dans ma position sur le côté, je sens, tout d'un coup, du liquide couler au niveau de mon intimité... J'ouvre les yeux et demande à mon mari de me ramener du PQ, un mouchoir, n'importe quoi. Il s'exécute. "Tu as le nez qui coule ?" me demande-t-il. C'est pas le nez qui coule ! J'aurai préféré. Je prends le PQ et hisse ma main à l'intérieur de mon jogging. Je ressors le papier : il est couvert de sang... Mon mari voit le sang, il appelle immédiatement à l'aide. Je fonds en larmes. Cette fois, ça y est, ça pu la fausse couche à plein nez. J'entends l'infirmière confirmer mon diagnostique à mon mari. Elle s'approche de moi : "Madame, l'obstétricien ne va pas tarder, courage, vous allez être examinée rapidement".

L'obstétricien finit par arriver. Je n'ai pas la moindre idée de l'heure qu'il est. Il m'explique qu'il doit m'emmener en salle d'examen pour faire une échographie. Me revoilà partie sur mon fauteuil (aidée par mon mari et le doc). Mon mari nous accompagne jusqu'à la salle. Je me hisse sur la table d'examen, mon mari m'aide à retirer mon jogging et ma culotte. J'arrive à expliquer la raison de ma venue au médecin, appuyée des propos de mon mari également. L'obstétricien commence par une échographie pelvienne. Il pose la sonde vaginale. Je vois mon utérus apparaitre à l'écran. Nous entendons le cœur de notre bébé... Mon mari se met à pleurer. Le médecin fait les vérifications de bases : cœur de l'embryon, emplacement, taille etc. Pour lui tout est ok à ce niveau là. Il retire la sonde et décide d'aller vérifier si je suis constipée (comme ces confrères l'avaient supposé toute la semaine passée). Aller hop, un petit touché rectal pour Alexandra, c'est tellement agréable... "Bon Madame, vous n'êtes absolument pas constipée, le problème vient d'ailleurs". Il repasse en échographie pelvienne. Il ne dit rien, pas un mot, mais je le vois concentré sur ce qu'il fait. Il décide de passer en échographie classique. Il reste un long moment à m'examiner, remontant la sonde sur mon ventre et même plus haut encore. "Avez-vous mal aux épaules Madame ?" Effectivement, j'ai mal aux épaules, celle de droite surtout, au niveau de la clavicule. Une douleur étrange, comme ci un truc était bloqué à cet endroit. Le médecin grogne. Il repasse sous pelvienne et encore une fois en classique. Il finit par nous dire : "Bon, là il y a quelque chose que me gène, je vois des zones d'ombres partout dans votre corps, ça ne me plait pas du tout". Il ajoute : "la prise de sang que vous avez faite à votre arrivée est très mauvaise, vous êtes en anémie sévère et les taux d'hémoglobines et hématocrites sont catastrophiques. Pour le moment, je ne prends aucune décision. Je vais demander une nouvelle prise de sang, afin de voir si ces taux ont évolué et en fonction du résultat Madame, il faudra surement vous emmener au bloc opératoire. Il va falloir que j'aille voir directement ce qu'il se passe". Nous restons interloqués avec mon mari : une opération ? Sérieux ? Mais il se passe quoi là ? Je ne comprends rien du tout.

Je retourne dans ma chambre. Une infirmière vient rapidementpour me piquer le bras, deuxième prise de sang oblige. Elle n'y arrive pas. Mon sang ne coule pas dans le tube ; elle est obligée de taper sur mon bras pour réussir à récupérer quelques gouttes. Même pas mal ! 

La fin de journée arrive. Je suis toujours sur mon lit, sur le dos cette fois-ci. J'ai moins mal qu'en début de journée, merci à la poche d'antalgique posée en perfusion dans mon bras. Je ne pense pas avoir saigné encore, tout du moins, je ne l'ai pas ressenti. Mais j'ai toujours du mal à respirer, cela me fait souffrir à chaque inspiration. Est-ce que mon calvaire va s'arrêter à un moment ?

Mon frère et ma belle-sœur sont arrivés à la clinique, avertis par mon mari de la situation. Les voir me fait du bien. Ils me changent les idées, en attendant le verdict de ma situation. Mais je vois l’œil inquiet de mon frère, et celui de mon mari, on en parle même pas.

On frappe à la porte de ma chambre. L'obstétricien entre, accompagné de plusieurs personnes. Il commence : "Madame, les résultats de votre prise sang sont encore plus mauvais qu'à votre arrivée. Nous vous emmenons au bloc immédiatement". Coup de masse. Je regarde paniquée mon mari et mon frère. Mon frère pose la question : "Qu'est ce que vous suspectez ?". L'obstétricien répondra, qu'il n'a aucune idée de ce qu'il m'arrive, mais que mon état est très inquiétant, qu'il faut réagir le plus rapidement possible. Je commence à pleurer. Je suis morte de trouille. Pas pour moi mais pour mon bébé. Je demande : "Mais et mon bébé ?" La réponse de l'obstétricien est sans appel : "Madame, ma priorité c'est vous, c'est vous qui avez besoin d'aide". Il sort de ma chambre. Une infirmière demande à mon mari et ma famille de bien vouloir sortir. Puis, elle m'aide à me déshabiller complétement, m'enfile une blouse bleu moche comme tout et me met une charlotte sur la tête. Aussitôt, un brancardier arrive avec un lit. Je dois aller sur ce lit, mais le fait d'avoir un peu bouger pour m'habiller, à réveiller violemment mes douleurs. Ils sont plusieurs à m'aider à m'installer, et je crie de douleur en arrivant sur le lit. Ni une, ni deux, je suis emmenée à l'extérieur de ma chambre. Mon mari, posté dans le couloir, à juste le temps de me faire un bisou sur le front, que je pars déjà, seule, dans les méandres des étages.

Je n'ai absolument pas eu le temps de comprendre tout ce qui se passe. Je pleure en silence. Morte de peur. Je vais me faire opérer... avec une anesthésie générale alors que je suis enceinte. Je ne sais pas ce qu'ils vont découvrir. Est-ce que je vais perdre mon bébé ? Tout ce chemin parcouru pour finir comme ça ? S'en est trop pour moi. Je n'en peux plus.

Je n'ai plus vraiment de souvenirs de ce qu'il s'est passé ensuite. Je me souviens uniquement être allongée au bloc, avec une lumière très vive au dessus de moi. Tout le monde s'affaire autour de moi. Le personnel à mes côtés est très gentil. Un homme s'approche de moi, il se présente comme l'anesthésiste de garde. Il me pique le poignée pour y déposer la perfusion d'anesthésie. C'est super douloureux. Puis, il me caresse la tête avec douceur : "Ne vous inquiétez pas Madame, on s'occupe de vous, tout ira bien". Je n'ai pas le temps de répondre. Mes yeux se ferment, et je m'endors, des larmes encore sur les joues.

J'émerge... Difficilement. Avec un sentiment de suffocation. J'entends du bruit à côté de moi. Quelque chose me chatouille méchamment dans la gorge. J'ai encore la sonde pour respirer installée dans ma trachée. Je panique. Et je sombre à nouveau dans le sommeil. Deuxième essai. Enfin, je me réveille. Cette fois-ci, je respire toute seule, comme une grande. Une infirmière arrive à mon chevet, sa voix est douce : "Doucement Madame, voilà, reprenez tranquillement. Tout s'est bien passé. Vous allez bien". J'essaie de parler, j'y arrive avec difficultés. Ma voix est rauque. Comme un lendemain de cuite avec 2 paquets de cigarettes consommés. Ma gorge me brûle. Je lui demande comment va mon bébé. Mais elle ne sait pas, malheureusement. Je lui dis que je veux voir mon mari, je la supplie presque. Elle va me le chercher immédiatement. Il arrive à mes côtés. J'ai l'impression de ne pas l'avoir vu depuis des jours. Il s'approche doucement et m'embrasse tendrement. Il me caresse les cheveux. Il me sourit. Comme ça me fait du bien. Je commence : "Alors, sais-tu ce qu'il s'est passé ?". Il m'explique alors...

Lors de mon insémination artificielle en octobre, je suis tombée enceinte (jusque là tout va bien). Mais ce que nous ne savions pas, et que personne ne savait, c'est qu'il y a eu une double fécondation. J'étais enceinte de jumeaux. Deux embryons avaient vu le jour. L'un d'entre eux, est correctement descendu de ma trompe de Fallope pour se nicher dans mon utérus. Mais le deuxième, est resté bloqué dans ma trompe droite. En simultané, j'avais une grossesse intra-utérine et une grossesse extra-utérine (ça s'appelle une grossesse hétérotopique). La grossesse extra-utérine a détérioré ma trompe (d'où mes douleurs), jusqu'au point de non retour. Au cours de mon opération (une coelioscopie exploratrice), l'obstétricien n'a pas pu sauver ma trompe, il a du procéder à une salpinjectomie droite. Les zones d'ombres à l'échographie, c'était du sang. Ma trompe ayant explosé elle a saigné. J'ai fait une hémorragie interne, j'ai perdu 1,8 litres de sang... En prime, l'obstétricien a découvert pendant l'exploration, que j'avais de l'endométriose. Trois superbes nodules sont confortablement installés dans mon corps. Tiens ! Mon infertilité inexpliquée est beaucoup moins inexpliquée tout d'un coup.

J'écoute mon mari, complétement abasourdie par son discours. C'était chaud, vraiment chaud pour moi. Concrètement, j'ai juste failli mourir. Quelques heures d'attente plus tard, et l’hémorragie interne me faisait tirer ma révérence. Rien que ça. Quant à mon bébé, à ce moment là, nous n'avons aucune information. L'obstétricien a dit à mon mari, qu'il a essayé de toucher le moins possible à mon utérus. Qu'il faut attendre pour voir comment bébé va s'en sortir. Mais il a précisé, "Ne vous accrochez pas"... Avec, pour la maman, une anesthésie générale, une coelioscopie et une hémorragie interne, disons que bébé commence mal son développement. Mon mari me précisera, que l'obstétricien passera le lendemain matin, pour me faire une écho et voir comment va bébé. En attendant, je remonte dans ma chambre. Lessivée. Une bonne nuit de sommeil me fera du bien... Enfin, une bonne nuit, c'est vite dit ! Un bon sommeil suite à une intervention chirugicale, un ventre meurtri de douleurs, c'est comme un lundi au soleil, ça n'arrive jamais...